La Croix du Bénin | Actualité
Publié le : 2026-02-06 10:50:06RELATIONS BÉNIN-NIGER
La normalisation de plus en plus compliquée
Depuis que le Général Abdourahamane Tiani a pris le pouvoir au Niger en 2023 après avoir renversé le président élu Mohamed Bazoum, les relations entre son pays et le Bénin sont entrées dans une zone de turbulence. Malgré la main tendue des autorités béninoises pour un apaisement de la situation, le chef de la junte nigérienne multiplie les accusations qui, visiblement, compromettent le dégel au point qu’on s’interroge sur l’issue de la crise qui s’amplifie.
L’accord entre le président Talon et le président Tiani de plus en plus problématique
Alain SESSOU
Le Général Tiani a ajouté une nouvelle couche aux accusations graves contre le Bénin pour sa présumée implication dans les violences terroristes au Niger. Après avoir nommément désigné le Bénin comme le cheval de Troie qui abriterait des bases militaires françaises, le voici à présent toisant le président Patrice Talon comme l’un des commanditaires de la récente attaque contre l’aéroport Hamani Diori de Niamey. Et pourtant, Tiani n’y a jamais pu fournir les preuves concrètes de ses multiples accusations. En effet, dans une déclaration relayée abondamment par les chaînes de télévision et radios nigériennes, l’homme fort de Niamey a affirmé que les assaillants qui ont attaqué le 29 janvier dernier l’aéroport de la capitale ont été sponsorisés par les présidents Patrice Talon du Bénin, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire et Emmanuel Macron de la France. Attaque revendiquée par la Jama’at nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim), quelques jours plus tard.
Plus djihadistes que mercenaires
En réaction à cette accusation extrêmement grave, le porte-parole du Gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, s’est juste contenté de tourner en dérision le président nigérien qu’il compare au fou qui arrache le couvert d’un passant dans la rue. « Il faut s’abstenir de le pourchasser au risque d’être considéré comme le fou », précise-t-il. Plus ferme, le président ivoirien Alassane Ouattara a fait convoquer l’Ambassadeur du Niger en Côte d’Ivoire pour des explications. Les autorités ivoiriennes, dans un communiqué, ont insisté sur le respect mutuel dans les relations diplomatiques. Elles ont rappelé que toute accusation non étayée constitue une violation sérieuse de ces principes, et promettent de suivre avec grande attention l’évolution de la situation.
à y voir de près, celle-ci appelle quelques observations. Lapremière est relative au statut des assaillants qui seraient impliqués dans l’opération perpétrée contre la base aérienne le jeudi 29 janvier 2026. Selon la déclaration du Général Tiani, ils seraient des mercenaires. Ce qui suppose que les personnes impliquées dans l’opération sont des soldats professionnels. Seulement, les images des hommes qui auraient été abattus par les soldats loyalistes nigériens appuyés par l’armée russe, selon Tiani, ont tous le faciès de combattants djihadistes. Ce que va d’ailleurs confirmer plus tard le communiqué du Jnim. De quoi mettre en doute la déclaration du président nigérien, sous réserve de fournir de façon concrète les preuves qu’il a promises. Car celles de la présence des bases militaires françaises avec des instructeurs français au Bénin sont toujours attendues.
De pessimisme en pessimisme
L’attitude du chef de la junte nigérienne répond à la méthodologie propre aux militaires arrivés au pouvoir par un putsch, et c’est la deuxième observation. Elle consiste à trouver des boucs émissaires face à l’incapacité de prendre le contrôle d’une situation dans un environnement où la colère gronde de plus en plus avec une insécurité grandissante. Surtout que la situation économique et financière commence par se détériorer. D’autant que la fermeture des frontières terrestres avec le Bénin, les attaques contre le pipeline et le blocage de l’écoulement de l’uranium à cause du procès Orano, mettent sérieusement à mal l’édifice économique du Niger. Par ailleurs, les initiatives de solidarité pour la mobilisation des ressources internes sont problématiques, selon un cadre du ministère en charge du Commerce nigérien.
Dans ces conditions, la question que l’on se pose, c’est de savoir à quand la fin de ce bras de fer entre le Bénin et le Niger pour une normalisation des relations entre les deux pays au profit de leurs deux peuples. à cette interrogation, il est peu réaliste de penser à une issue heureuse à court terme ; peut-être à moyen ou long terme. Car il ne sert à rien d’aller d’escalade en escalade comme le fait le président nigérien. D’où la nécessité de mettre en place un mécanisme régional, panafricain et international pour étudier un plan de sortie de crise non seulement avec le Bénin mais avec les autres pays pour le bonheur du Niger, du Sahel et de l’Afrique en général. Pour y arriver, la clairvoyance du président Tiani est souhaitée, peut-être avec la pression de son partenaire russe. La balle est donc dans le camp du président nigérien à même de délivrer son peuple, ou alors de le maintenir dans l’isolement avec toutes ses conséquences.
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