ISSN 1840 - 8184 Justice, Vérité, Miséricorde HEBDOMADAIRE CATHOLIQUE NUMÉRO 1849 du 06 février 2026 N° 1221/MISP / DC / SG / DGAI / SCC
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Justice, Vérité, Miséricorde Journal 1849 du 06 février 2026

La Croix du Bénin | Actualité

Publié le : 2026-02-06 11:51:25

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FRATERNITÉ HUMAINE ÉDITION 2026

Éduquer à l’altérité pour sauver la démocratie

La Journée internationale de la Fraternité humaine, célébrée chaque année le 4 février, trouve son origine dans un événement majeur du dialogue interreligieux contemporain. Le 4 février 2019, à Abou Dhabi, le Pape François et le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, signent le Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune. 

 

Fraternite

Fraternite

Ambassadeur Théodore C. LOKO, (à la retraite) ENSEIGNANT-CHERCHEUR PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION "CAPITAL SOCIAL CHRÉTIEN"

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Ce texte historique affirme que la fraternité entre les êtres humains est fondée sur la reconnaissance de la dignité de toute personne, au-delà des différences religieuses, culturelles ou nationales. Il appelle à rejeter la violence, l’extrémisme et toute instrumentalisation de la religion à des fins politiques.

Dans le prolongement de cette initiative, l’Organisation des Nations Unies adopte, le 21 décembre 2020, une résolution de l’Assemblée Générale proclamant le 4 février comme Journée internationale de la Fraternité humaine. 

Cette décision reconnaît le rôle essentiel du dialogue interreligieux et interculturel dans la promotion de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.

Depuis lors, cette Journée vise à :

- encourager la solidarité entre les peuples,

- promouvoir la culture de la paix,

- rappeler la responsabilité partagée des États, des institutions religieuses, éducatives et de la Société civile dans la construction d’un monde plus juste et fraternel.

La Journée internationale de la Fraternité humaine s’inscrit ainsi comme un repère symbolique fort dans l’agenda international, invitant l’humanité à dépasser les logiques de confrontation pour bâtir un avenir fondé sur le respect mutuel, le dialogue et le bien commun.

 

Urgence spirituelle et démocratique

La Journée internationale de la Fraternité humaine nous rappelle une évidence souvent oubliée : aucune société ne peut durer sans une véritable éducation à l’altérité. Là où l’autre est nié, instrumentalisé ou réduit à un obstacle, la violence finit toujours par remplacer le dialogue, et la domination par supplanter le bien commun. Nos systèmes démocratiques contemporains, pourtant fondés sur la reconnaissance de la dignité de chaque personne, traversent une crise profonde. Polarisation extrême, tentation autoritaire, obsession du contrôle technocratique, volonté de tout prévoir, de tout maîtriser — y compris l’homme et l’histoire — fragilisent les bases mêmes du vivre-ensemble.

Face à cette dérive, la tradition chrétienne offre une ressource intellectuelle et spirituelle majeure : l’éducation à l’altérité. Elle repose sur une triple reconnaissance fondatrice:

- l’altérité de Dieu ;

- l’altérité du prochain ;

- l’altérité du temps.

Ces trois formes d’altérité constituent une pédagogie du renoncement au contrôle absolu, et une école de la fraternité authentique. Elles rappellent que l’homme n’est ni Dieu, ni maître de l’histoire, ni propriétaire de l’autre.

 

L’altérité de Dieu : apprendre à renoncer à la toute-puissance

Dieu comme l’Autre radical. Dans la tradition biblique, Dieu n’est jamais un objet que l’homme peut saisir, manipuler ou instrumentaliser. Il est l’Autre par excellence, irréductible aux projections humaines. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins » (Isaïe 55,8). Reconnaître l’altérité de Dieu, c’est accepter une limite fondamentale : l’homme n’est pas l’origine ni la fin de tout. Cette reconnaissance constitue la première école d’humilité politique et sociale.

La tentation permanente du contrôle de Dieu. L’histoire biblique est jalonnée de tentatives humaines de contrôler Dieu :

- La tour de Babel (Genèse 11) incarne le rêve d’une humanité unifiée par la puissance technique, sans Dieu et sans limites.

- Le veau d’or (Exode 32) révèle la tentation de fabriquer un dieu conforme à nos peurs et à nos intérêts.

Dans les deux cas, le refus de l’altérité divine conduit à la confusion, à la violence et à la rupture du lien social.

Le parallèle avec les dérives modernes. Nos sociétés contemporaines reproduisent cette logique :

- absolutisation de la science et de la technique,

- illusion d’une gouvernance totale par les algorithmes,

- prétention à fabriquer un « homme nouveau » par l’ingénierie sociale.

En niant l’altérité de Dieu, l’homme moderne se place lui-même au centre, mais se retrouve paradoxalement prisonnier de systèmes qu’il ne maîtrise plus. La foi chrétienne rappelle que la démocratie ne survit que là où l’homme accepte de ne pas être tout-puissant.

 

L’altérité du prochain : fondement de la fraternité et du compromis

Le prochain n’est pas un prolongement de moi-même. L’Évangile est radical : aimer son prochain ne signifie pas l’absorber, le convaincre à tout prix ou le soumettre. Le prochain est autre, irréductiblement autre. La parabole du Bon Samaritain (Luc 10,25-37) est une leçon politique autant que spirituelle: le prochain n’est pas celui qui me ressemble, mais celui que je choisis de reconnaître comme digne, même lorsqu’il me dérange.

Le refus de l’altérité du prochain dans l’histoire. L’obsession du contrôle de l’homme traverse l’histoire :

- Les empires qui ont voulu uniformiser les peuples par la force

- Les totalitarismes du XXᵉ siècle fondés sur l’élimination de l’« homme inutile »

- Les idéologies qui sacrifient l’individu au nom d’un avenir abstrait.

La Bible elle-même en offre des exemples saisissants :

- Pharaon, qui réduit l’homme à une force de travail,

- Hérode, qui cherche à contrôler l’histoire en ordonnant le massacre des innocents pour éliminer l’enfant Jésus.

Hérode croyait maîtriser l’avenir ; il n’a fait que révéler la vanité du pouvoir qui refuse l’altérité. Jésus lui échappe, et son nom est aujourd’hui célébré dans toutes les langues.

La démocratie comme apprentissage du compromis. La démocratie n’est pas la victoire d’un camp sur l’autre, mais l’acceptation structurée de l’altérité. Elle repose sur :

- le pluralisme,

- le dialogue,

- le compromis.

Or le compromis n’est possible que si l’autre est reconnu comme légitime, même lorsqu’il a tort à mes yeux. La tradition chrétienne rappelle que le bien commun n’est jamais la somme des intérêts particuliers, mais le fruit d’une rencontre patiente entre des différences assumées.

 

L’altérité du temps : sortir de l’illusion de maîtriser l’histoire

Le temps n’appartient pas à l’homme. L’une des grandes illusions modernes consiste à croire que l’homme peut planifier intégralement l’histoire. Pourtant, la Bible enseigne que le temps est un don, non une propriété. « Il y a un temps pour tout » (Ecclésiaste 3).  Reconnaître l’altérité du temps, c’est accepter que :

- tout ne se résout pas immédiatement,

- toute transformation humaine demande maturation,

- certaines semences ne porteront du fruit qu’après nous.

Les échecs historiques du contrôle du temps. Les projets politiques qui ont voulu «accélérer l’histoire » ont souvent produit l’inverse de ce qu’ils promettaient :

- révolutions violentes,

- destructions massives,

- générations sacrifiées.

Dans la Bible, le peuple d’Israël lui-même peine à accepter le temps de Dieu : il veut une délivrance immédiate, un roi puissant, une victoire visible. Dieu, au contraire, agit souvent dans la discrétion, la lenteur, l’inattendu.

Une pédagogie démocratique de la patience. Nos démocraties ont besoin de retrouver le sens du temps long :

- temps de la délibération,

- temps de l’éducation,

- temps de la réconciliation.

La fraternité humaine ne se décrète pas par la loi seule ; elle se construit dans la durée, par des institutions justes et des consciences formées à l’altérité.

De Babel aux totalitarismes modernes, un même fil rouge traverse l’histoire : la volonté de tout contrôler conduit toujours à la déshumanisation.

La foi chrétienne ne nie pas la nécessité de gouverner, de prévoir, d’organiser. Elle rappelle simplement une vérité décisive : l’homme est gestionnaire, non propriétaire de l’histoire.

Chaque fois que l’homme oublie cette limite, il transforme la politique en domination, la loi en instrument de force, et l’autre en menace à neutraliser.

 

Éduquer à l’altérité pour servir le bien commun

Une urgence éducative. L’éducation à l’altérité doit devenir une priorité :

- dans l’école,

- dans la formation civique,

- dans les institutions politiques,

- dans les communautés religieuses.

Elle suppose d’apprendre :

- à écouter sans immédiatement juger,

- à débattre sans exclure,

- à gouverner sans écraser.

Le compromis comme vertu démocratique. Contrairement à une idée répandue, le compromis n’est pas une faiblesse morale. Il est une vertu politique majeure lorsqu’il est orienté vers le bien commun.

Le christianisme invite à préférer :

- la paix à la domination,

- la justice à la victoire,

- la fraternité à l’idéologie.

 

La fraternité humaine comme horizon démocratique

En cette Journée internationale de la Fraternité humaine, l’Association Capital Social Chrétien affirme avec force que l’avenir de nos démocraties dépend de notre capacité à éduquer à l’altérité. Altérité de Dieu, qui libère l’homme de la tentation de la toute-puissance.  Altérité du prochain, qui fonde la fraternité et le compromis. Altérité du temps, qui protège l’histoire contre la violence de l’urgence.

Face à l’obsession vaine du contrôle, nous appelons à une conversion du regard : gouverner, c’est servir ; décider, c’est écouter ; agir, c’est accepter de ne pas tout maîtriser.

La fraternité humaine n’est pas une utopie naïve. Elle est une exigence réaliste, spirituelle et politique, sans laquelle aucune démocratie ne peut survivre durablement. 

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