Tout donner d’un cœur humble et joyeux

Père Antoine TIDJANI
La liturgie de ce dimanche est centrée sur le culte que nous devons rendre à Dieu. Le ton de la première lecture (Za 9, 9-10) et de l’évangile (Mt 11, 25-30) est à la joie. Le prophète Zacharie annonce les traits du Messie qui se prépare à venir. Il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne tout jeune. Malgré sa justice et sa victoire, il n’est pas monté sur un cheval qui serait le signe ostentatoire de domination et d’un triomphe écrasant. Ce que la prophétie isaïenne affirmait justement au sujet du Messie, exclut de sa personne toutes les tendances culminant dans l’orgueil. Le prophète dit à son sujet qu’ : « Il ne brisera pas le roseau cassé, et n’éteindra pas la mèche qui fume » (Is 42, 3). Lui qui est Tout-Puissant, Il montre par là que le tout premier culte à rendre à Dieu, c’est celui d’un cœur humble qui se laisse remplir de Dieu. Dans la Bible bien des pages fustigent l’orgueil. « Tous ceux dont le cœur est orgueilleux font horreur à l›Éternel. C'est certain, ils ne resteront pas impunis » (Prv 16, 5). La vie de l’orgueilleux ne peut donc offrir aucun culte agréable à Dieu. Car « l’arrogance précède la ruine, et l’orgueil précède la chute. Mieux vaut être humble avec les gens modestes que de partager un butin avec les orgueilleux » (Prv 16, 18-19). L’orgueilleux étant rempli de lui-même, il ne peut pas s’émerveiller devant les œuvres de Dieu dans sa vie pour les proclamer. Or, nous le savons, « s’il convient de garder le secret du roi, il convient de révéler et de publier les œuvres de Dieu » (Tb 12, 7). C’est là le culte que seuls les humbles peuvent rendre à Dieu. La Bible, depuis l’Ancien Testament jusqu’au Nouveau, est perlée des témoignages des humbles qui reconnaissent les œuvres de Dieu et les chantent : Le cantique d’Anne (1 Sm 2,1-10) dont s’inspire le Magnificat de Marie (Lc 1, 46-55) est un chant d’action de grâce à la gloire de Dieu qui élève les humbles et rabaisse les orgueilleux. Saint Jacques dit à ce sujet que « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles » (Jc 4, 6). Jésus démontre cette simplicité de cœur dans l’évangile du jour et proclame la louange de Dieu. Connaître Dieu est source de grande joie et motif de vives actions de grâce. Mais seuls les humbles savent reconnaître les merveilles de Dieu dans leur vie. La vie chante Dieu et s’offre en un véritable culte d’offrande et d’adoration lorsqu’elle n’est pas centrée sur elle-même.
Une vie égocentrique n’offre aucun culte à Dieu
La particularité du savant, c’est de tirer gloire et honneur de ses pensées. Il ne centre pas sa vie sur Dieu. Il s’enfle par sa science qui devient l’unique référence qui le fait vivre. Or Dieu veut que toute la vie de l’homme lui appartienne. Le culte qu’il attend de nous n’est pas celui des lèvres. Il reprochait cela déjà au peuple d’Israël : « ce peuple m’honore des lèvres. Mais son cœur est éloigné de moi » (Is 29,13 ; Mt 15, 8). Le véritable culte à rendre à Dieu se trouve dans la connaissance et la contemplation de son unique Fils Jésus pour le reproduire dans notre vie. Qui le connait vraiment peut offrir à Dieu une vie faite de simplicité dans les rapports interpersonnels mais aussi une vie qui immole toute emprise charnelle pour laisser prévaloir la vie selon l’Esprit. Et comme le dit Hédouin, « il est demandé à chacun d’offrir sa personne en « offrande spirituelle, agréable. C’est là le culte spirituel que nous avons à rendre ». Sans cette dimension de vie, toute liturgie même rénovée, n’est que du spectacle. Elle ne rejoint pas Jésus-Christ dans son sacrifice. Dans cette perspective de foi, les petits entrent de plain-pied, tandis que les autres restent à la porte » (R. Hédouin, Les cris et les actes, Paris, Éditions ouvrières, 1972, pp. 28-29).
Dans ma vie
Dans l’annonce de Jésus-Christ, ai-je compris que c’est le langage des humbles qui atteint les cœurs ? Sous le couvert de l’annonce de Jésus-Christ, ne suis-je pas tenté parfois de me présenter comme un homme de culture à travers un langage recherché, au lieu de présenter Jésus en langage simple, joyeux et vivant accessible à tous ?
À méditer
Il est demandé à chacun d’offrir sa personne en « offrande spirituelle, agréable. C’est là le culte spirituel que nous avons à rendre ».
(Za 9, 9-10 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30)




