Avertir le frère pécheur

Père Antoine TIDJANI, bibliste
Nous méditons en ce dimanche un extrait du grand sermon de Jésus sur la vie en communauté, connu sous le nom habituel de « Discours ecclésiastique ou communautaire » : une sorte d’anthologie des principes devant régir la vie quotidienne des communautés chrétiennes. L’église étant une communauté de frères qui cheminent ensemble vers la maison du Père, bien de problèmes se posent et il faut les régler chrétiennement pour ne pas donner prise aux œuvres de Satan. Les textes appellent à la vigilance des responsables de communauté. Si le prophète Ézéchiel a été établi guetteur de la maison d’Israël, c’est pour avertir le méchant. Ainsi il ne rendra pas compte des péchés de ce dernier. La vie selon l’Esprit nous propose de ne pas rejeter notre offenseur. Oublier le mal infligé n’est pas aisé, mais la miséricorde de Dieu nous demande de prendre soin de l’offenseur comme d’un frère pour pouvoir l’arracher à l’emprise du mal. Les textes de l’Ancien Testament aussi bien que ceux du Nouveau Testament vont dans ce sens : «… Tu n’hésiteras pas à réprimander ton compagnon…». (Lv 19, 17). « Un serviteur du Seigneur doit reprendre avec douceur les opposants, car Dieu leur donnera peut-être de se convertir et connaître la vérité …» (2 Tm 2,25-26). Par ailleurs, Saint Paul exhorte Timothée à ne pas garder le silence sur le mal «Proclame la Parole…dénonce le mal, fais des reproches, encourage mais avec grande patience et avec le souci d’instruire.» (2 Tm 4, 2). « Si quelqu’un est pris, en train de commettre une faute, vous les spirituels, remettez-le dans le droit chemin en esprit de douceur » (Ga 6, 1).
Avertir le frère : comment et pourquoi ?
La deuxième lecture oriente nos pas vers le frère avec amour. Celui qui nous a offensé est en déficit d’amour. C’est pour cela qu’il nous a si cruellement manqué. Nous avons alors un devoir de charité envers lui pour l’aider à combler le vide d’amour qu’il porte. Le violenter, le rudoyer, l’exposer au public pour le mal commis, c’est le vider du peu de potentiel d’amour dont il dispose encore pour se relever. Jésus propose une démarche à trois étapes qui manifeste une grande patience envers l’offenseur : La rencontre seul à seul pour lui montrer sa faute ; en cas d’échec, il faut prévoir la rencontre en présence d’une ou de deux personnes. S’il refuse de les écouter, l’affaire sera portée au niveau de la communauté de l’église. Et c’est là où l’on saura qui appartient vraiment au peuple de Dieu et qui appartient au peuple des païens. Dans l’hébreu biblique, deux termes traduisent le mot « peuple » : « Am » pour le peuple d’Israël en alliance avec Yahvé, son Dieu unique et « Goy (Goyim au pluriel) » désignant les peuples qui ne professent pas la même foi que le peuple d’Israël, d’où le sens de « païen » que prendra plus tard le mot « Goy ». Pour avoir fait toutes ces démarches, l’offensé a montré qu’il vit dans un sentiment d’amour envers l’offenseur malgré la blessure reçue et qu’il veut à tout prix le sauver. Il est dans la logique des membres du peuple de Dieu qui attestent avec saint Paul que « l’amour ne fait rien de mal à personne » (Rm 13,10). Cependant la fermeture à l’amour et le refus de l’offenseur de saisir la perche du salut qui lui a été tendue sont des signes que celui-ci s’est lui-même excommunié et n’appartient pas au peuple de Dieu mais à celui des païens.
Dans ma vie
M’arrive-t-il de suivre les suggestions de Saint Augustin ? « "Va parler à ton frère seul à seul", en visant à le corriger et à lui épargner la honte. Car peut-être par honte, va-t-il se mettre à défendre son péché, et ainsi en voulant l’amender, tu le rendrais pire ».
À méditer
La raison de la correction du frère selon Péguy : «Il faut se sauver ensemble… Qu’est-ce qu’il nous dirait si nous arrivions, si nous revenions les uns sans les autres ? ».





