Être vivant pour Dieu en Jésus-Christ
N
ous sommes à la finale du dixième chapitre de Matthieu qui est communément intitulée « discours apostolique » ou « discours de mission ». À travers ces derniers versets de ce chapitre, Jésus s’adresse à ses apôtres mais aussi à tous ceux qui sont ses disciples à travers les siècles. L’identité du disciple se reçoit lorsque l’on comprend qu’on est lié à un maître dont on doit suivre les pas. Jésus-Christ a sacrifié sa vie pour nous à travers le don total de Lui-même. Quiconque est envoyé par Lui ou veut être son disciple, est aussi appelé à renoncer à tout pour Lui. Cette renonciation à soi-même, Saint Paul l’inscrit dans la logique du baptême. Puisque nous avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. C’est dire que la vie charnelle qu’anime le péché est mise au tombeau avec le Christ. Nous sommes devenus des créatures nouvelles qui ne sont plus conduites par les liens de la chair. Nous sommes des vivants qui vivent de la vie du Christ Jésus ressuscité. La mort au péché devient le lieu d’où surgit pour nous notre ressemblance avec le Christ. Il faut pour cela, crucifier la chair comme le dit Saint Paul dans l’épître aux Galates. « J’ai été crucifié avec le Christ et si je vis, ce n’est plus moi qui vis mais c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).
Renoncer à tout pour devenir de vrais serviteurs de Dieu
Dans l’évangile du jour, Jésus veut se plaire à voir ses envoyés s’identifier à Lui, de même qu’il s’est identifié au Père : « qui vous accueille m’accueille; et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé » (Mt 10, 40). On reconnaît les vrais envoyés de Dieu à une vie dépouillée, libérée de toutes les affections désordonnées. Les affections embrigadent la liberté intérieure sans laquelle on ne peut exercer un ministère prophétique marqué par le courage sans répit de dire et d’agir constamment sous l’impulsion de l’Esprit de Dieu. Élisée, qui a été évoqué dans la première lecture, a été par ailleurs vivement repris par Élie lorsque choisi pour remplacer celui-ci, il voulut se dérober un instant pour aller embrasser son père et sa mère avant de le suivre (1 R 19, 20-21). Sur la même lancée, Jésus dans l’évangile de Luc, fustige tout attachement qui peut encore lier ses disciples en dehors de lui: « qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas propre au royaume de Dieu » (Lc 9, 62). Dans l’évangile du jour, nous pouvons comprendre que Jésus veut de nous un
« oui radical » qui ne doit plus se laisser conditionner par aucun autre lien, fût-il aussi fort que celui qui attache l’enfant à ses parents. Jésus veut le don total de soi, et non un simulacre de don. C’est lorsque l’on accepte d’entrer dans cette relation du don total que Dieu Lui-même se livre au serviteur et l’authentifie comme son envoyé. Puisqu’il fait désormais un avec lui, il récompense toute personne qui accueille le serviteur. En outre, la vie du serviteur n’existant plus que dans la sienne et par la sienne, les paroles qu’il prononce sont du coup les siennes et deviennent efficientes: Le Très-Haut s’engage entièrement dans les paroles qu’il prononce: « l’an prochain, à cette même époque, tu tiendras un fils dans tes bras ». Et ce fut ainsi. Malheureusement, parfois il arrive que le disciple chevauche dans sa relation avec le Seigneur bien d’autres relations-parasites qui font de lui-même un parasite, qui profite du service de Dieu pour entretenir ses liens, au lieu de rompre les liens charnels dans lesquels il s’offre lui-même, pour ne donner que Dieu aux hommes. Il est familier aux chrétiens de penser que se consacrer au Seigneur est plus aisé que se consacrer à une divinité qui ne souffre pas qu’on viole ses règles sans punir immédiatement. Une telle manière de penser est erronée. Dieu est très exigeant. Et il nous dit aujourd’hui que pour révéler sa volonté au monde, il faut être soi-même libre de toutes les attaches qui amènent à user de deux poids et de deux mesures dans le jugement, à cause des liens qui amènent à avoir un coeur partagé. Aimer son père et sa mère comme le demande le quatrième commandement n’est pas un mal. Mais il arrive que les liens biologiques et les traditions ancestrales parlent parfois en nous, plus fort que le langage de la foi.
Dans ma vie
Comme disciple du Christ, suis-je vraiment libre pour Lui seul ?
À méditer
Donner Dieu rien que Dieu aux hommes. Telle est l’attitude d’un vrai serviteur de Dieu. La tentation à laquelle nous prierons Dieu de nous soustraire est celle de devenir malheureusement, un parasite qui profite du service de Dieu pour entretenir ses liens, au lieu de rompre les liens charnels pour n’être qu’à Dieu.
(2 R 4, 8-11.14-16a, Rm 6, 3b-4.8-11, Mt 10, 37-42)





