La patience de Dieu

Père Antoine TIDJANI
L’évangile de ce 16e dimanche du temps ordinaire de l’année-A aborde un sujet assez problématique : la présence du mal dans le monde. Des questions se posent : comment le Dieu Bon et Tout-Puissant, ami du bien, peut-il laisser le mal fleurir ? Dieu peut-il cautionner les méchants quand ils étouffent et piétinent les bons sous son regard ? Comment expliquer son silence devant tant de maux perpétrés par les méchants sur terre ? Le psaume 37 s’est longuement intéressé à cette question. Le psalmiste se rend compte à la fin que le méchant n’a pas d’avenir, malgré sa réussite apparente : « J’ai vu le méchant dans toute sa puissance ; il s’étendait comme un arbre verdoyant. Il a passé, et voici, il n’est plus; Je le cherche, et il ne se trouve plus » (Ps 37,35-36). Évidemment, au plus fort de la souffrance injustement subie, le premier réflexe, c’est de s’irriter et de se mettre en colère contre le méchant et contre Dieu qui semble garder le silence. Quand tu vois ce qui est à toi, arraché par un usurpateur puissant, quand tu te vois privé de tes droits par la volonté arbitraire d’un seul homme sans foi ni loi, les mots qui sortent de la bouche et les sentiments qui t’animent ne sont pas ceux des chrétiens ; tu as envie de crier ta rage en maudissant ou en empruntant le chemin de la vengeance. Le psalmiste le sait par expérience. C’est pourquoi il donne des conseils édifiants : «… Ne t’irrite pas contre les méchants. N’envie pas ceux qui font le mal. Encore un peu de temps, et le méchant n’est plus ». Le caractère éphémère de l’homme est ce qui justifie la miséricorde de Dieu, qui s’exprime par une longue patience envers le méchant en espérant sa conversion.
Le Dieu miséricordieux qui attend patiemment le retour du pécheur
Le Psaume 86 (85) de ce dimanche chante la tendresse et la miséricorde de Dieu. Sa gloire atteindra la plénitude quand toutes les nations qu’il a faites viendront et se prosterneront devant Lui. Le méchant, c’est celui qui met malheureusement en échec ce beau projet de Dieu. En faisant le mal, il travaille pour Satan. Ce faisant, il se voue à l’anéantissement définitif. Il s’arrache à ce concert glorieux où tous les enfants de Dieu un jour, se retrouveront ensemble en posture d’adoration devant leur Créateur. Le caractère touchant de ces paroles est notoire. Dieu, malgré la virulence de la méchanceté des hommes, veut leur donner des chances du retour à Lui avant qu’ils ne se retrouvent dans ce lieu de perdition éternelle où il n’y aura plus la possibilité d’un retour en arrière. Il sait que « l’homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l’ombre qui passe » (Ps 144, 4). C’est pourquoi, « dans sa miséricorde, il pardonne l’iniquité et ne détruit pas ; il retient souvent sa colère et ne se livre pas à toute sa fureur. Il se souvient que l’homme n’est que chair, un souffle qui s’en va et ne revient pas » (Ps 78, 38-39). Et si le méchant qui nous tourmentait était l’un des êtres chers que nous aimions viscéralement ? Allons-nous le laisser se perdre dans l’abîme de l’enfer pour toujours ? Travaillons avec Dieu en priant vivement pour la conversion des méchants enchaînés et asservis à Satan par une option malheureusement faite par ignorance. Le vrai chrétien est celui qui est miséricordieux comme Dieu et offre les épreuves qu’il subit de la part du méchant pour la conversion de ce dernier.
Dans ma vie
Moi qui ne fais du mal à personne, ne suis-je pas aussi un méchant lorsque pour le mal subi de la part de celui-ci, je le maudis et je me venge ?
À méditer
Et si le méchant qui vous tourmentait était l’un des êtres chers que vous aimez? Auriez-vous le cœur de le laisser se perdre dans l’abîme de l’enfer pour toujours ? Travaillons avec Dieu en priant vivement pour la conversion des méchants malgré les épreuves qu’ils nous infligent.
(Sg 12, 13.16-19 ; Rm 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43 )




