La Croix du Bénin | Actualité
Publié le : 2026-03-07 14:42:00C’est le Carême : tous vers l’Orient
En ce temps de Carême, Mgr Pascal N'Koué, Archevêque de Parakou, propose à la méditation cette réflexion qui montre que la Croix est le signe qui nous rassemble (petits et grands, justes et pécheurs, catéchumènes et baptisés, laïcs, consacrés, prêtres…). Elle est aussi le signe qui nous unit en Jésus-Christ.
Mgr Pascal N’Koué
+ Pascal N'KOUÉ, OMIUNM SERVUS
Aux temps forts de l’Avent et du Carême, et peut-être encore le jour de l’Épiphanie, pour célébrer les mages venus d’Orient, on devrait pouvoir célébrer la messe «ad orientem», tous tournés vers l’Orient, dans la même direction, ou plutôt vers un grand crucifix, bien visible. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37). La Croix est en effet le signe de la victoire du Ressuscité sur le péché, le démon et le monde.
1. Dans les traditions africaines et l’Ancien TestamentDans nos traditions africaines, la représentation divine est souvent un arbre, une source d’eau, une rivière, une colline, une pierre, une motte de terre faite de main d’homme qui représente la divinité. Et tous (le sacrificateur et les adeptes) se tournent vers cette divinité, plutôt vers ce symbole visible considéré comme messager divin, intermédiaire entre Dieu et les hommes. Or dans l’Ancien Testament, Dieu avait interdit toute représentation matérielle de sa divinité. Alors le symbole du soleil levant (l’Orient) s’est développé pour localiser Dieu. Voici quelques citations bibliques :- ̏ Jérusalem, regarde vers l’Orient et vois la joie qui te vient de Dieu˝ (Ba 4,36).- ̏La gloire du Dieu d’Israël arrivait de l’Orient ˝ (Ez 43,2).- ̏La façade du temple regardait l’Orient˝ (Ez 47,1).- ̏Il y avait trois portes à l’Orient˝ (Ap 21,13).On pourrait dire, pour plagier Saint Jean l’évangéliste qu’au commencement était l’Orient. Quand Dieu a créé l’homme, où l’a-t-il placé ? Lisons ensemble: "Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’Orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé˝ (Gen. 2, 8). Des quatre points cardinaux, quel est le plus important ? N’est-ce pas l’Orient à partir duquel les autres sont fixés ?Un culte purement abstrait n’aboutit à rien. Jésus, en ressuscitant le premier jour de la semaine, en a fait le premier jour de la nouvelle création, "Jour du Seigneur et seigneur des joursʺ, jour de Lumière qui ne s’éteint pas. En Anglais, le dimanche se dit « Sunday », c’est-à-dire jour du Soleil. En Allemand, on dit « Sonntag », c’est-à-dire jour du Soleil. Comme c’est beau et éloquent ! Par contre, l’Ouest (ou l’Occident) est considéré comme le royaume des ténèbres, puisque c’est de ce côté-là que le soleil se couche. Le Christ ressuscité est notre soleil. Il faut donc remettre la Croix au milieu, de façon visible, sur l’autel. Elle est notre Orient qui oriente notre vie. On a intérêt à faire nôtre la devise des chartreux : ̏Stat crux dum volvitur orbis˝, que je traduis en ces termes : au monde désorienté, la Croix du Christ fixe indique la route à suivre. 2. Face au peuple ou faceà la Croix ?Relisons, à tête reposée, la Constitution «Sacrosanctum Concilium» du Concile Vatican II sur la liturgie. Les Pères du Concile n’ont jamais demandé d’évacuer le Latin et le chant grégorien, ni même de célébrer la partie sacrificielle ou eucharistique "versus populumʺ, face-à-face. En effet, les rubriques du missel de Paul VI prescrivent qu’il faut se tourner vers le peuple au moins à trois endroits. À « l’Orate fratres » vers la fin de l’offertoire ; au souhait de la paix : «Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous» ! ; à l’invitation du baiser de paix : « Dans la charité du Christ, donnez-vous la paix »; et enfin à « Ecce Agnus Dei », Voici l’Agneau de Dieu, juste avant la communion. Il est même écrit ensuite que le prêtre se retourne vers l’autel pour communier en disant à voix basse sur l’hostie consacrée : Que le Corps du Christ me garde pour la vie éternelle ! Et lorsque tout est achevé, pour la bénédiction finale, il est encore précisé que le prêtre la donne tourné vers le peuple de Dieu. Cela signifie que la messe de Paul VI, forme ordinaire du rite romain, n’est pas prévue, de telle sorte qu’on doive obligatoirement la célébrer face au peuple, du début à la fin. À vrai dire, le prêtre tourné vers l’Orient (le crucifix) ne fait pas dos au peuple : il est à la tête du peuple, face au crucifix, le signe le plus éloquent du Christ vivant qui indique Dieu-Amour. Malheureusement, tout cela semble supprimé dans la Présentation Générale du Missel Romain[1].3. Face à la Croix du Christ, notre Orient"On apportera tout le soin requis à ce qui touche directement l’autel et la célébration eucharistique, par exemple la croix de l’autel et la croix de procession″ (Missel Romain 3e édition typique n°350).La Croix sur l’autel rappelle le calvaire. C’est le point focal du culte divin. Elle doit être grande et visible de loin. Remettons-la à l’honneur, c’est-à-dire au centre de l’autel. C’est le Cardinal Joseph Ratzinger qui nous le rappelle : «(La Croix) devrait se trouver au milieu de l’autel et représenter le point focal commun pour le prêtre et les fidèles en prière… Ainsi (tous tournés vers le Seigneur) nous regarderions ensemble vers Celui dont la mort a déchiré le rideau du Temple[2]».Cette Croix devrait porter l’effigie du Christ crucifié pour rappeler la passion rédemptrice de notre Seigneur. C’est pour nous le symbole d’espérance le plus éloquent. N’ayons pas peur qu’elle domine sur l’autel. Elle n’est pas un obstacle entre le peuple et le prêtre. Elle est plutôt le signe qui nous rassemble (petits et grands, justes et pécheurs, catéchumènes et baptisés, laïcs, consacrés, prêtres…). Elle est aussi le signe qui nous unit en Jésus-Christ. Et pour cela, elle doit avoir de la «personnalité» sur l’autel et même s’imposer. Ayons plutôt en horreur qu’on la mette de côté, ou dans un coin de l’autel. Quel contresens ! C’est comme si elle dérangeait ! C’est intolérable ! Que faisons-nous de cette phrase de Jésus parlant de sa mort : «Ils regarderont celui qu’ils auront transpercé» (cf. Jn 19, 37 ; Za 12, 10) ? Ou encore "Lorsque je serai élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi˝ (Jn 12, 32) ? Faisons disparaître les petites croix sur les autels. Ce serait révéler que notre spiritualité sur la Croix laisse à désirer. Le Christ nous a aimés jusqu’au bout et s’est livré pour nous. Le Cardinal Ratzinger demande que la Croix revienne au centre le plus vite possible : « Je compte parmi les manifestations les plus absurdes des dernières décennies d’avoir mis la Croix de côté pour libérer la vue sur le prêtre. La Croix est-elle gênante pendant la messe ? Le prêtre est-il plus important que le Seigneur? On devrait remédier à cela le plus vite possible… Le Seigneur est le point de référence. Il est le Soleil levant de l’Histoire[3] ». Le prêtre peut être tenté de faire du spectacle quand il célèbre versus populum, face à l’assemblée. Il se dit: la communauté avant tout. Il est tenté de chercher alors à rendre intéressantes sinon appétissantes, les messes pour que ça plaise au peuple. Il se donne en spectacle. Il se célèbre au lieu de penser d’abord à Dieu qui nous a convoqués. Conséquence immédiate : le manque de concentration. Adieu le silence intérieur, adieu l’humilité de l’homme pécheur face à la grandeur du mystère, adieu le silence sacré! Et vive les improvisations, les vêtements liturgiques multicolores, les danses modernes ou traditionnelles, les gestes désordonnés, la voix d’acteur de théâtre, la banalisation des rubriques, etc. L’orientation est une position qui aide l’intériorisation de l’action sacrée.[1]. "L’autel est élevé à une distance du mur, permettant d’en faire aisément le tour, et d’y célébrer en direction du peuple, ce qui est avantageux partout où c’est possibleʺ PGMR 2002, 299. Des études ont démontré que l’idée du sacrifice face au peuple n’a aucun fondement historique. L’orientation "vers le Seigneurˮ est plus conforme à la tradition et très riche en signification mystagogique. Cf. aussi Louis Bouyer, Architecture et liturgie.
[2]. Joseph Ratzinger, L’esprit de la liturgie, ad Solem, 2001, pp 70-71
[3]. Ibid, p. 71
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