Les disciples d’Émmaüs vivent dans leur âme un drame. Le Christ, ce grand prophète puissant en actes et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, a été livré et il a été crucifié. Lui qui était le pôle d’espoir sur qui se fondait la libération d’Israël. Ces disciples en effet, vivent ce que dans la spiritualité mystique, on pourrait désigner par la Nuit des sens. Bien des moments de délices spirituels caractérisent notre vie de foi où nous avons l’appui de la présence de Dieu. Nous sommes rassurés dans notre marche et nous avançons joyeux d’un pas alerte. Des moments de désolation aussi arrivent. Tout l’espoir que nous fondons sur Dieu s’effondre. Des promesses divines qui dans notre imagination, nous ont déjà fait construire des châteaux en Espagne semblent s’évanouir. La vie devient incolore, inodore et dénuée de sens. Beaucoup dans des situations du genre ont fini par le suicide parcequ’ils n’ont plus de repère dans leur existence. Un amour trahi ! un espoir déçu ! un être cher qui semble immortel s’en va à l’improviste, laissant derrière un vide béant et des êtres inconsolables ! Les disciples d’Émmaüs se retrouvent dans un tel état psychologique. Ils se promenènent en reparlant de la vive actualité douloureuse. La souffrance, qu’elle soit psychologique, physique, morale a été vécue par le Christ. Son corps qui est l’Église ne peut prétendre être en communion avec Lui sans connaître des moments de souffrance. Le mystère de la vie chrétienne tel que révélé par le Christ est ce qui met le plus en lumière la vérité de notre vie. C’est une illusion que de penser une existence sereine sans tempête. Une existence où le refus catégorique de la souffrance fait que voulant arracher le bonheur à tout prix, l’on piétine les autres pour l’avoir. La vie comprise et vécue de cette manière, n’est qu’une bombe silencieuse et sournoise qui éclate un jour emportant dans un flot de malheurs irrémédiables celui qui la conçoit ainsi. Jésus, cheminant et partageant la Parole de l’Écriture avec les disciples d’Émmaüs, montre qu’au cœur de nos souffrances, il est présent. |
Jésus, Parole qui éclaire et Accomplissement des ÉcrituresLes jours du malheur laissent l’homme au dépourvu et sans arme. On attend dans certaines circonstances de la vie, une Parole qui illumine et oriente vers le bon repère. Les païens se tournent vers leurs devins et les interrogent. Les chrétiens assis sur deux chaises vont chez les charlatans ou les visionnaires de certaines sectes soi-disant chrétiennes. L’homme crédule tombe facilement dans les mailles des marchands d’illusions qui vendent opportunément leur produit illusoire tirant profit de la situation de la nuit intérieure que traverse leur client. Les chrétiens charismatiques recherchent des « paroles de connaissance» ou des « paroles prophétiques ». Le chrétien avisé lève les yeux vers le Seigneur et s’agrippe au mot du psalmiste : «
Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » [Ps 118 (119), 105]. En rattrapant les disciples d’Émmaüs, Jésus est entré en dialogue avec eux. Il illumine leur cœur en partant des Écritures pour leur faire comprendre ce qui le concerne. L’ignorance des Écritures comme le dit saint Jérôme est l’ignorance du Christ. Tout est dans les Écritures saintes pour nous révéler le mystère du Christ et le mystère de notre vie. Ne cherchons pas le vrai sens de notre vie en dehors de celle du Christ : Il fallait que le Messie souffrît avant d’entrer dans sa gloire (Lc 24, 26). De même, l’homme naît ; il souffre avant d’avoir une situation commode. Telle est la clé de la vie sur terre. Toute recherche d’une vie heureuse et glorieuse sans un engagement personnel à
fond
fait d’endurance à toute épreuve, n’est pas divine. La vie de foi aussi est une vie d’engagement à fond dans le combat spirituel. Le livre des Actes en résonne les échos : « C’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Ac 14, 22). Saint Pierre retrace le même chemin pour les chrétiens auxquels il s’adresse : « C’est à cela que vous avez été appelés, parce que le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces » (1 P 2, 21). La vie éternelle, c’est la vie donnée en partage aux autres comme le pain fractionné et partagé. Quand une vie peut ainsi se donner, sa mission est accomplie. Elle peut disparaître. Elle continuera de faire vivre les autres. Notre vie professionnelle ou de consacrés ne peut illuminer le chemin des autres pèlerins en marche vers le Royaume que de cette manière. Jésus se fait reconnaître à la fraction du Pain et il disparaît. Tout est là. La densité d’une vie se fait reconnaître non aux grands discours mais à la générosité du don total de soi façonné par la Parole de Dieu.
Dans ma vieQuand notre vie devient sans repère et que le sol s’effondre sous nos pieds, nous devons nous souvenir que la Parole de Dieu est là comme lumière de nos pas et lampe de nos routes. À méditerJésus se fait reconnaître à la fraction du Pain et il disparaît. Tout est là. La densité d’une vie se fait reconnaître non aux grands discours mais à la générosité du don total de soi façonné par la Parole de Dieu.