Jésus-Christ : Révélation parfaite du Père
La religion de la Bible est fondée sur une révélation historique ; ce fait la classe à part au milieu des religions. Certaines d’entre elles ne recourent aucunement à la révélation. D’autres présentent leur contenu comme une révélation céleste, mais en attribuent la transmission à un fondateur légendaire ou mythique. Dans la Bible, au contraire, la révélation est un fait historiquement saisissable : ses intermédiaires sont connus, et leurs paroles sont conservées, soit directement, soit dans une tradition solide. Mais, sans parler des signes qui authentifient la révélation biblique, celle-ci ne repose pas sur l’enseignement d’un fondateur unique ; on la voit se développer durant quinze ou vingt siècles, avant d’atteindre sa plénitude dans le fait du Christ, révélateur par excellence. La révélation commencée dans l’Ancien Testament à travers les techniques archaïques, la révélation prophétique, la réflexion de sagesse, l’Apocalypse s’achève dans le Nouveau Testament. Mais au lieu d’être transmise par de multiples intermédiaires, elle se concentre maintenant en Jésus-Christ, qui en est à la fois l’auteur et l’objet. Il faut y distinguer trois stades. Au premier, elle est livrée par Jésus lui-même à ses Apôtres. Au second, elle est communiquée aux hommes par les Apôtres, puis par l’Église sous la direction de l’Esprit Saint. Au troisième, elle trouvera sa consommation finale, lorsque la vision directe du Mystère de Dieu relaiera chez les hommes la connaissance de la foi. Pour caractériser ces stades successifs, le Nouveau Testament use d’un vocabulaire varié : révéler, manifester, faire connaître, expliquer, montrer ou tout simplement, dire ; et les Apôtres proclament, enseignent cette révélation qui constitue maintenant la Parole, l’Évangile, le mystère de foi. Dieu se révèle donc par les faits, les paroles mais aussi par la personne de Jésus. Non seulement Jésus contient en lui-même le Royaume et le salut qu’il annonce, mais il est aussi la vivante révélation de Dieu. Au-delà même du mystère du salut, c’est l’être de Dieu qui se révèle à nous dans le Christ. Étant le Fils du Dieu vivant, il est seul à connaître le Père et à pouvoir le révéler. En revanche, le mystère de sa personne reste inaccessible à la « chair et au sang » : impossible de le percer sans une révélation du Père, qui est refusée aux sages et aux habiles, mais accordée aux petits. Ces rapports intimes du Fils et du Père, dont l’Ancien Testament n’avait pas connaissance, constituent le point culminant de la révélation apportée par Jésus. Il n’y a donc pas de révélation de Dieu sinon par Jésus. Les « sages et les habiles ne trouvent pas, dans la loi et ses interprétations diverses, la véritable connaissance de Dieu ; c’est Jésus qui l’apporte, et il l’apporte aux simples qui ploient présentement sous la loi. Jésus apporte donc une nouveauté par rapport à ceux qui sont appelés, nouveauté par rapport à la relation avec Dieu et à la connaissance de Dieu, nouveauté par rapport à la Loi. La révélation de Jésus-Christ n’a pas été reçue par tous les hommes. Non seulement parce qu’un petit nombre l’a connu, mais surtout parce que son accueil exigeait une grâce intérieure : « Nul ne vient à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6, 44). Croire, pour un chrétien, c’est accueillir cette révélation qui arrive aux hommes portée par l’Histoire.



