Jésus est apparu en disant à son Père : « Voici, je viens pour faire ta volonté» (He10, 9) et pendant toute sa vie, « sa nourriture a été de faire la volonté de celui qui l’a envoyé » Jn4, 34. Faire la volonté de Dieu, son Père, c’est pouvoir se retrouver pleinement dans celle de celui qui envoie sans résignation et contrainte, mais dans la liberté d’accomplir la Parole prononcée par un autre que soi-même. La Parole prononcée par Jésus en faisant son entrée dans le monde, il l’a tenue jusqu’au bout. Il a pratiqué ce qu’il a prononcé. Dans sa vie, on note une cohérence entre le « dire » et le « faire », ou entre la théorie et la pratique. La Parole divine n’est pas un élément parmi les autres dans l’économie de l’Ancien Testament ; elle la domine toute entière, donnant un sens à l’histoire en tant qu’elle est créatrice, suscitant chez les hommes la vie de foi en tant qu’elle leur est adressée comme un message. La Parole divine est pleine d’autorité.
En tant que révélation et règle de vie, la Parole est pour l’homme une lumière ; en tant que promesse, elle donne une assurance pour l’avenir. Quel que soit celui qui la transmet, il convient donc de l’écouter, soit pour l’ « avoir dans son cœur » et la mettre en pratique, soit pour compter sur elle et espérer en elle. La Parole qui sort de la bouche de Dieu ne revient pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission, nous dit le prophète Isaïe.
Qu’en est-il donc de la parole prononcée par l’homme ? Suivant une conception commune dans l’Antiquité, le monde biblique ne voit pas seulement dans la parole humaine un vain son ou un simple moyen de communication entre les hommes. La parole exprime la personne, participe à son dynamisme ; elle est douée en quelque sorte d’efficacité. D’où son importance dans la conduite de la vie : suivant sa qualité, elle renferme, pour qui la prononce, honneur ou confusion, mort et vie sont en son pouvoir. Pour juger de la valeur d’un homme, elle est donc comme la pierre de touche qui permet de l’éprouver.
De nos jours, nous constatons de plus en plus que nos paroles humaines sont biaisées, faussées, remplies de mensonges et bien souvent vides de sens et n’ont pas de profondeur. Elles ne s’accordent pas à ce que nous ressentons à l’intérieur de nous-mêmes. Le constat qui est fait est que nous pensons autre chose, nous disons autre chose et nous faisons autre chose. Il y a une incohérence entre le « dire » et le « faire », l’« être » et le « paraître ». C’est comme si nous sommes téléguidés par quelque chose. Nous ne prenons plus le temps nécessaire pour penser à ce que nous devons dire dans le but de l’accomplir. Chez l’homme, la parole a perdu son sens, sa valeur, son sens du sacré. Ils disent et ils ne font pas. La parole est lâchée et c’est tout. C’est justement la raison pour laquelle Saint Antoine de Padoue demande à ce que les paroles puissent se taire afin que les actions puissent parler. Nous sommes loin de ce que nous disons et faisons. L’écart devient plus grandissant et de plus en plus, nous créons autour de nous un mode de vie dans lequel nous nous enlisons.
Seigneur, par ton Esprit, fais de nous des hommes de paroles ! Amen.


