► Djougou clôture le séminaire diocésain des femmes catholiques
Par Fidèle Ouraou BAMAI, COMMUNICATEUR SOCIAL

Plus de 400 femmes catholiques ont réfléchi sur leur vocation à Djougou
Le Centre pastoral Saint Ambroise du diocèse de Djougou a abrité du 6 au 8 mars 2026, le séminaire diocésain des femmes catholiques. L’événement a été clôturé par une messe pontificale présidée par Mgr Bernard Toha, évêque de Djougou, devant une foule de plus de 400 femmes.
Pendant trois jours, du vendredi 6 au dimanche 8 mars 2026, les femmes catholiques du diocèse de Djougou ont répondu présentes à l’appel de leurs responsables à travers un séminaire diocésain sur le thème : « Femme catholique, apôtre et disciple, prends ta responsabilité dans la sauvegarde de l’environnement et de la vie ! ». C’est le Centre pastoral Saint Ambroise de Djougou qui a servi de cadre pour ce séminaire.Les travaux ont pris fin le dimanche 8 mars 2026, Journée internationale des droits de la femme. La messe de clôture a été présidée par Mgr Bernard de Clairvaux Toha, évêque de Djougou. Dans son homélie, le prélat a prodigué de sages conseils à toutes les participantes: « Vous êtes le pilier du foyer et personne ne pourra le changer. Je compte sur vous pour porter le message d’amour dans la Donga, comme la Samaritaine l’a fait dans l’Évangile de ce jour », a-t-il déclaré aux 411 femmes venues de 21 paroisses sur les 23 que compte le diocèse. En conclusion, Mgr Toha a envoyé les femmes en mission comme il l’avait fait pour la jeunesse du diocèse le 28 février dernier lors du pèlerinage des jeunes.
► « En tant que femme, je ressens de la fierté pour les combats menés »
Par Propos recueillis par Michaël GOMÉ

Huguette Bokpè Gnacadja
Nommée présidente de l’Institut national de la femme (Inf) au Bénin en 2023, Huguette Bokpè Gnacadja, Avocate au barreau du Bénin, travaille à l’amélioration de la condition de la femme à travers divers canaux de sensibilisation. Dans l'interview ci-dessous, elle fait le bilan de la lutte depuis la création de l’Inf et propose quelques solutions pour une plus grande prise de conscience.
La Croix du Bénin : Le monde entier célèbre le 8 mars la Journée internationale des droits de la femme. Quel bilan pouvez-vous faire aujourd’hui de la situation de la femme béninoise, au regard des réformes engagées pour son bien-être ? Huguette Bokpè Gnacadja : Un bilan qui est pour moi à la fois un moment de mémoire, de reconnaissance et surtout de responsabilité. En tant que femme, je ressens de la fierté pour les combats menés, mais aussi une profonde détermination à poursuivre la marche vers l’égalité réelle et à relever les défis qui persistent.Au niveau de l’éducation, nous avons pratiquement atteint la scolarisation universelle des filles au primaire, avec un taux supérieur à 110%. Le Sahel women’s empowerment and demographic dividend project (Projet Swedd) qui prévoit des transferts monétaires aux familles et la distribution de kits scolaires pour maintenir les filles à l’école, et la création d’espaces sûrs pour renforcer les compétences de vie et l’autonomisation de centaines de milliers de jeunes filles, y contribuent largement. Cependant, ce taux de scolarisation chute à environ 48% au collège et à près de 20% au lycée. L’enjeu aujourd’hui est donc moins l’accès à l’école que le maintien des filles dans le système éducatif.Concernant la promotion et la défense du statut de la femme et de la fille, les principales avancées du ministère des Affaires sociales et de la Microfinance pour les droits des femmes et des filles sont le renforcement de la protection sociale des femmes, notamment par la mise en place de plusieurs programmes de protection sociale, tels le programme Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) qui vise à améliorer l’accès des populations vulnérables, dont les femmes, à l’assurance maladie et à la formation professionnelle, les filets sociaux productifs, destinés à soutenir les ménages pauvres par des transferts monétaires et des activités génératrices de revenus.Il y a aussi la promotion de l’autonomisation économique des femmes au moyen du microcrédit Alafia, qui facilite l’accès au financement pour les femmes et les groupements féminins, et des programmes d’éducation financière et de microfinance inclusive visant à améliorer les capacités de gestion des bénéficiaires.Dans le domaine du renforcement de la lutte contre les violences basées sur le genre, le ministère mène des actions de sensibilisation et de protection, à savoir : des campagnes de sensibilisation dans les 77 Communes pour informer les populations sur les droits des femmes et des filles; le renforcement des Centres de promotion sociale. Ce qui rassure de la prise en charge des victimes.Les avancées au niveau du statut juridique de la femme et du leadership féminin sont significatives et ont permis de renforcer le cadre juridique et institutionnel de protection des droits des femmes, notamment en matière de lutte contre les violences basées sur le genre, de promotion de la participation des femmes à la vie publique et d’amélioration de leur accès aux opportunités économiques et sociales.La création de l’Institut National de la Femme (Inf) qui est désormais l’organe central de lutte contre toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des femmes et des filles, s’inscrit dans cette dynamique. Statutairement engagé dans la promotion du leadership féminin, l’Inf est à la fois un bras droit opérationnel de la justice grâce à son pouvoir spécial d’accompagner les victimes de Violences basées sur le genre (Vbg) devant les juridictions, mais aussi d’ester en justice, et aussi un instrument d’autonomisation psychologique et émotionnel de la femme et de la fille. Il suscite la recherche par elles de leur raison d’être, de leurs dons et talents, et de la culture de l’estime de soi sans laquelle on se laisse abuser sans même le réaliser. La lutte est désormais institutionnalisée, et le partenariat avec le ministère des Affaires sociales et de la Microfinance permet d’offrir aux femmes et aux filles victimes, une prise en charge holistique structurée. Cependant, malgré ces avancées, des défis subsistent. Les violences basées sur le genre, certaines pesanteurs socioculturelles et les inégalités d’accès aux opportunités continuent d’affecter de nombreuses femmes.En ce qui concerne la participation de la femme à la vie publique et politique, les réformes législatives d’ouverture opérées sur la Constitution, puis sur la loi électorale, ensemble avec les campagnes permanentes en faveur de plus de femmes dans les instances de décision, le modèle incarné de la Vice-Présidente de la République, et les nominations de femmes à des postes stratégiques tracent le chemin pour un avenir favorable à la mutation sociétale recherchée.Mais la mobilisation doit rester collective, avec une inclusion ou implication nécessaire des hommes et de ceux et celles qui sont des leviers transformationnels dans leurs communautés, afin de consolider les acquis et poursuivre les efforts en faveur de l’égalité et de la dignité des femmes. La célébration de cette année porte sur le thème : «Droits, Justice, Action pour les filles et les femmes ». Que doit-on faire, selon vous, pour un accès équitable des femmes à la justice au Bénin ?Nous abordons là le volet principal de la mission de l’Instiut national de la femme (Inf). Pour garantir un accès équitable des femmes à la justice, plusieurs actions sont menées. La première consiste à renforcer l’information et la sensibilisation des femmes sur leurs droits. Beaucoup de femmes ignorent encore les mécanismes juridiques qui peuvent les protéger. Le siège de l’Inf et la disponibilité de ses points focaux présents dans toutes les Communes, ainsi que celle de ses antennes départementales présentes dans les 12 préfectures assurent le service de l’assistance juridique gratuite.L’information et la sensibilisation sont faites aussi bien en format grand public que pour des cibles spécifiques telles les étudiants, les élèves des écoles et Universités publiques et privées y compris les filles et les garçons, les jeunes adultes qui sont dans les Centres de formation technique et professionnelle, les artisanes, les commerçantes dans les marchés, etc. Le recours au numérique pour de larges campagnes de sensibilisations thématiques et les émissions sur les médias ordinaires y compris les radios rurales et communautaires sont mis à contributionLa deuxième action concerne le renforcement des mécanismes d’accompagnement des victimes. Les femmes victimes de violences bénéficient d’un soutien juridique, psychologique et social afin de faire valoir leurs droits sans crainte. Grâce aux référencements, les autres besoins sont aussi couverts.L’accompagnement judiciaire de l’Inf est gratuit pour les victimes présentant un profil de vulnérabilité économique et leur donne droit à l’assistance d’un avocat, aux frais de déplacement, d’hébergement, de repas, nécessaire durant les procès, où qu’elles se trouvent.La troisième dimension est celle de la lutte contre l’impunité. Il est essentiel que les auteurs de violences et de discriminations soient poursuivis et sanctionnés conformément aux lois en vigueur. Enfin, il est important de renforcer la collaboration entre les institutions publiques, la justice, les organisations de la société civile et les communautés pour créer un environnement où chaque femme peut accéder à la justice en toute confiance. Bientôt l’Inf va installer son cadre de concertation national avec les Organisation non gouvernementales (Ong) compétentes et les autres acteurs de la chaîne d’intervention autour de la lutte contre les Vbg et de la prise en charge des victimes. Certains citoyens et citoyennes pensent que la femme béninoise ne s’assume pas. Votre réaction.Je ne partage pas cette perception. La femme béninoise est une femme courageuse, résiliente et profondément engagée dans le développement de sa famille et de sa communauté. Dans les domaines économique, social, politique et culturel, les femmes béninoises jouent un rôle essentiel. On les retrouve dans l’entrepreneuriat, l’agriculture, l’administration, la société civile et de plus en plus dans les instances de décision. Ce qu’il faut plutôt comprendre, c’est que certaines femmes évoluent encore dans des contextes marqués par des contraintes sociales, économiques ou culturelles qui peuvent limiter leurs possibilités d’expression ou d’action. Notre responsabilité collective est donc de créer un environnement qui permette aux femmes de révéler pleinement leur potentiel, notamment à travers l’éducation, l’autonomisation économique et la promotion du leadership féminin.Aujourd’hui, nous comptons déjà des femmes leaders dans différents domaines, qu’elles soient en ville ou en zones rurales, qui sont compétentes, influentes, présentes à divers niveaux de responsabilité. Des femmes leaders bien éduquées et qualifiées, certaines sont engagées dans la gouvernance démocratique ; cela ne les empêche pas de rester ancrées dans les valeurs culturelles et familiales béninoises, tout en étant ouvertes à l’innovation et au monde. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre combat, et que suggérez-vous comme solutions ?La lutte contre les violences et les discriminations à l’égard des femmes est un combat complexe qui se heurte à plusieurs défis. Parmi ces difficultés, on peut citer la persistance de certaines pesanteurs socioculturelles, la peur ou la réticence de certaines victimes à dénoncer les violences qu’elles subissent, ainsi que le manque d’information, sur les mécanismes de protection existants. Face à ces défis, plusieurs pistes de solutions peuvent être envisagées. Il est important de renforcer la sensibilisation des populations afin de changer durablement les mentalités. Il faut également encourager les victimes à briser le silence et à faire confiance aux institutions chargées de leur protection.Par ailleurs, le renforcement de la collaboration entre les institutions publiques, les Organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers reste essentiel pour améliorer la prévention, la prise en charge des victimes et la promotion des droits des femmes. La lutte pour l’égalité et la dignité des femmes est une responsabilité collective qui nécessite l’engagement de tous. Nous devons lutter contre la persistance des inégalités économiques et des Vbg en raison de la peur de dénoncer qui n’a pas disparu, surtout quand le cercle de la violence implique une dépendance économique de l’auteur. Il y a aussi la lenteur dans l’accès du plus grand nombre de femmes aux postes de décision. L’éducation et l’autonomisation pour toutes continuent d’être poursuivies. Le thème de la Journée internationale des droits de la femme de cette année nous rappelle que les droits existent, que la justice doit être effective, et que l’action doit être concrète et inclusive.