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► Repenser la pastorale en Afrique

La Croix du Bénin•17 juillet 2026•258 vues•Journal N° 1872
► Repenser la pastorale en Afrique

Mgr Pascal N’KOUÉ, ARCHEVÊQUE DE PARAKOU

Dans cet article publié dans la "Vie diocésaine" de l’église de Parakou, Mgr Pascal N’Koué relève le fossé qui existe entre Panafricanisme et Christianisme, et explique les origines du Christianisme et certains symboles, pour une inculturation qui prend appui sur le Christ.

Rappelons à temps et à contre-temps que l’évangile ne vient pas de l’Occident mais de l’Orient, ou plus exactement du Dieu unique qui a voulu se révéler au peuple hébreu. C’est là la grande confusion chez certains panafricanistes. Nous avons été évangélisés par les missionnaires occidentaux qui venaient du même continent que les colonisateurs. Ainsi, beaucoup pensent que la religion chrétienne est la religion de la race blanche d’Europe. Elle serait importée de cette Europe qui nous a fait subir l’esclavage et la colonisation. Les complexes qu’on nous a inculqués sont encore vivaces chez beaucoup d’Africains, même devenus chrétiens. Car les images de Jésus, des anges et des saints que nous continuons d’utiliser sont de race blanche. Si seulement on savait ceci : pendant que le Gouvernement colonial français nous envoyait au XIXe siècle des administrateurs francs-maçons pour nous civiliserʺ, l’Église en Europe était préoccupée de nous envoyer de vaillants et saints missionnaires pour le salut de nos âmes. Je parle du cas du Bénin. Cela confirmait la douloureuse séparation de l’Église et de l’État en France. A priori, les deux groupes n’avaient pas le même objectif en Afrique.

Comme aujourd’hui le sentiment "anti-politique française" s’amplifie, certains chantres panafricanistes, un peu troublés, voudraient se débarrasser du garrot colonial en même temps que de la religion chrétienne. Ils font du zèle pour revaloriser le Vodun ou la Religion Traditionnelle Africaine comme religion des Noirs qui, selon eux, n’ont nul besoin de la Croix du Christ. Quelle erreur monumentale! La Croix du Christ, c’est l’amour universel sans bornes de l’unique Dieu Père, Créateur et Sauveur. La croix est puissance de Dieu. Même les Juifs ont eu beaucoup de difficultés à accueillir ce mystère inouï du Messie qui sauve par la croix. Ils croyaient plus à un Dieu juif nationaliste, mais condescendant envers tous les peuples. Or Jésus, leur co-national, prêchait un Dieu universel. Il prêchait le Royaume des cieux. Ce Dieu universel préférait laisser de côté les Juifs pour aller au secours des étrangers : la veuve de Sarepta, le lépreux Naaman, Général syrien etc., tous les étrangers à la Nation juive. Il prêchait le Royaume des cieux qui n’a pas de frontières. Les Juifs s’attendaient à un Messie roi terrestre comme le roi David. A la femme samaritaine, étrangère à la nation juive, Jésus avait dit : Le salut vient des Juifsʺ et non des Européens. Certes, mais il a ajouté que les vrais adorateurs adorent Dieu en esprit et en vérité.

 

Le mérite de l’Europe

Le mérite de l’Europe chrétienne, c’est d’avoir reçu et cru en Jésus le Sauveur, et surtout d’avoir répandu sa Bonne Nouvelle du salut : « Allez dans le monde entier… faites des disciples ». Nous ne pouvons pas nier que l’Europe a été le continent le plus missionnaire. Mais rappelons-nous que l’Europe a été évangélisée par des apôtres juifs : Paul, Pierre, etc.

Mais la révélation du Dieu de Jésus-Christ, Créateur du ciel et de la terre, ne s’est pas faite en Europe. Elle a commencé avec Abraham et non avec Astérix ou Obélix. Qu’on le veuille ou non, Dieu a fait le choix du peuple d’Israël et non des Gaulois, des Romains, des Goths, des Wisigoths, des Ostrogoths. Sortis d’Egypte, le peuple hébreu s’est installé en Palestine, la Terre promise, Terre de révélation des trois principaux mystères de la religion chrétienne : l’Incarnation, la Rédemption et la Sainte Trinité. C’est le Moyen-Orient. Mais la Doctrine de l’Église s’est fermentée en Europe, avec ses forces et ses faiblesses. Encore que l’Afrique du Nord sur ce point, n’a pas démérité dans les premiers siècles de notre ère. Nous admirons sincèrement la foi de ces peuples européens. Nous portons fièrement le nom de leurs Saints, cela ne nous empêche pas de promouvoir nos noms africains. Nous vénérons les images de leurs martyrs qui ont versé leur sang pour le Christ. Nous avons connu aussi plusieurs martyrs en Afrique. Cependant, les Africains ont encore beaucoup à apprendre de l’Europe chrétienne. Si Dieu aime l’Europe, il aime aussi l’Afrique et tous les continents. Aimons l’Afrique à notre tour et restons toujours ouverts. Car l’universalité de l’Église est d’un autre ordre que le panafricanisme. L’Église est instrument de salut, le panafricanisme ne l’est pas. La royauté du Christ n’est pas de ce monde. Or, tous les rois réunis de l’Afrique et d’ailleurs ne peuvent sauver aucune âme. Voilà pourquoi repartir de nos cultures africaines pour découvrir le Messie et enseigner ses merveilles à toute la Création sera toujours une erreur. Il faut nécessairement repartir du Christ qui a dit au peuple de Dieu : Vos anciens vous ont dit... mais moi, je vous dis...ʺ ou encore : Le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pasʺ. Effectivement, tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre (Mt 28). Lui seul est mort et ressuscité pour nous sauver. Lui seul a pu dire : ʺJe suis avec vous jusqu’à la fin du monde» (Mt 28, 20). En effet, comme l’affirme solennellement Paul le persécuteur devenu apôtre du Christ : Dieu l’a établi au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde présent que dans le monde à venir. Il lui a tout soumis...ʺ (Ep 1, 17-23).

 

Seul le Christ donne la vie éternelle

L’Église de Jésus-Christ vient de Dieu. Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Mais souvenons-nous que César et tout ce qui est à César appartiennent à Dieu. Les Africains ont le même Créateur et le même Sauveur que tous les peuples. Il n’y a pas de salut en dehors du Christ : ̏personne ne va au Père sans passer par moi˝, nous a dit le Christ lui-même. Toutes les cultures humaines ont des scories et des pesanteurs et ont besoin de la révélation et de la Sagesse de Dieu.

 

Notre inculturation ne se fera pas hors de Jésus-Christ, et surtout pas dans l’ignorance des Saintes Écritures et l’infidélité à l’Église. Il nous faut assumer les sentiments du Christ et refaire ce qu’il a fait pour le bien des peuples africains et le bien de tous. Le panafricanisme qui rejette donc la Croix du Christ se coupe des bienfaits de Celui qui, seul, peut nous ressusciter et nous donner la vie éternelle. A bon entendeur, salut !

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