Leviers de la charité pour les Sœurs Ocpsp

Les Sœurs jubilaires chantant leur action de grâce au cours de la cérémonie de renouvellement de leurs conseils évangéliques, le mardi 8 septembre 2026 sur la paroisse Saint Antoine de Padoue d'Abomey-Calavi, dans l'Archidiocèse de Cotonou
Le mardi 8 septembre 2026, fête de la Nativité de la Vierge Marie, l’Institut des Sœurs Oblates catéchistes petites servantes des pauvres (Ocpsp) a accueilli 4 nouvelles professions perpétuelles. Au cours de la même eucharistie, des religieuses ont rendu grâce pour 25, 50, 60 et 70 ans de vie communautaire. La messe a été présidée par Mgr Laurent Lompo, Archevêque de Niamey, aux côtés de Mgr Roger Houngbédji, Archevêque de Cotonou, et de Mgr Antoine Ganyé, Archevêque émérite de Cotonou, en présence de plus de 150 prêtres à l’autel de la paroisse Saint Antoine de Padoue d’Abomey-Calavi.
Par Florent HOUESSINON

Sœur Victorine Aniou a célébré 70 ans de vie religieuse
«Le jour où mon papa m’amenait ici (au Novicat) avec ma valisette, il me disait : "Je te donne et tu ne reviens plus jamais de cette maison". Il a été prophète et le Seigneur m'a gardée à cause de sa prière », déclare Sœur Victorine-Hortense Aniou à la fin de l’eucharistie. Son histoire à la suite du Christ commence à 21 ans, en 1956, année au cours de laquelle elle prononce ses vœux définitifs dans l’Institut des Sœurs Ocpsp. Elle compte aujourd’hui, 70 années de vie religieuse. Cet exploit de longévité fascine fidèles, prêtres et évêques.
Congrégation autochtone créée en 1914, les vœux des Sœurs Ocpsp ont été marqués cette année, par un nombre impressionnant de jubilés. « C’est la première fois que je vois un tel nombre. J’ai essayé de compter, elles sont 30 en tout. Félicitations à vous, chères Sœurs, pour ce beau témoignage ! », se réjouit Mgr Roger Houngbédji à la fin de l’eucharistie. En plus des trois vœux temporaires et des quatre vœux perpétuels, 20 Sœurs dont 16 présentes (4 en mission) ont rendu grâce pour 25 ans de vie religieuse ; 6 pour les noces d’or, 4 pour les noces de diamant et une pour les noces de platine.
"Mgr dit la vérité"
« Oui, hein, Mgr dit la vérité. Ce qu’il dénonce se retrouve parfois dans nos rangs ! », reconnaissent discrètement deux religieuses quand dans son homélie, Mgr Laurent Lompo, Archevêque de Niamey, déconseille aux professes perpétuelles certaines attitudes de déséquilibre qui écornent l’image de la vie communautaire. « Ne soyez pas des consacrées qui sont devant le Saint Sacrement 24h/24 comme un gardien dans les buts, des Sœurs qui restent toujours amères comme des feuilles de neems pour leurs consœurs en communauté ; des Sœurs qu’on fuit en les voyant. Le matin, elles sont les premières à se présenter à l’oratoire pour l’oraison. Mais elles mènent une vie impossible à leurs consœurs ». « Appelées, vous acceptez de suivre pour toujours les pas du Christ à travers les conseils évangéliques : la pauvreté, l’obéissance, la chasteté. Soyez donc comme la Vierge Marie. Elle s’est toujours voulue à l’écoute », ajoute-t-il.
« Ne vous laissez jamais piquer par le virus du monde concernant les grandeurs, le pouvoir, la richesse matérielle, l’argent, au point de perdre le sens de votre consécration. Vous avez fait un choix de vie libre pour le Royaume à travers les conseils évangéliques. Pour que ce choix ne soit pas une pesanteur, soyez dans l’intimité de Dieu au quotidien de manière sincère et équilibrée », conseille-t-il aux jubilaires. Mgr Lompo a exprimé son regret de voir beaucoup d’évêques, de prêtres, de religieux et religieuses s’engager « pour la mission non pas en écoutant la voix de l’Esprit mais en s’écoutant eux-mêmes ». Il a invité les fidèles à prier pour les âmes consacrées. « La généalogie de Jésus nous montre que des personnes qui n’étaient pas dignes ont été choisies. Et si nous avons été choisis, c’est que le Seigneur sait comment faire pour que nous puissions tendre vers la sainteté », a-t-il conclu.
Après les rites de profession et de renouvellement de vœux sous le regard bienveillant de Mère Anicette Quenum, Supérieure générale des Sœurs Ocpsp, Mgr Roger Houngbédji a pris la parole pour exprimer sa gratitude à Mgr Lompo. « En tant qu’Archevêque de Niamey venant ici présider cette célébration, vous avez donné la preuve que les destinées de votre peuple et celles du peuple béninois sont intimement liées. Nous prions pour que les barrières qui s’érigent aux frontières pour empêcher ces habitants d’être toujours un, tombent une fois pour toutes et que nous puissions continuer la route ensemble, dans cette dynamique de synodalité », plaide Mgr Roger Houngbédji. à la fin de la messe, le Noviciat des Sœurs Ocpsp et ses environs ont goûté à la joie des réjouissances populaires.
Par Propos recueillis par Innocent ADOVI

Sœur Florence Agbani
A travers plusieurs Centres sociaux et avec une expérience solide dans le plaidoyer en faveur des personnes vulnérables, l’Institut des Sœurs Oblates catéchistes petites servantes des pauvres (Ocpsp) œuvre pour le bien-être de la personne humaine. Dans le cadre de la Journée mondiale de la charité célébrée le 5 septembre dernier, la Sœur Florence Agbani dévoile les actions menées par le Service des Sœurs pour la promotion humaine, bras opérationnel de la charité des Sœurs Ocpsp.
La Croix du Bénin : Présentes au Bénin depuis plusieurs dizaines d’années, les Sœurs Oblates catéchistes petites servantes des pauvres (Ocpsp) interviennent dans plusieurs domaines pour leur mission. De façon concrète, quel est leur charisme ?
Sœur Florence Agbani : Notre charisme est « l’expression de la compassion au Cœur Eucharistique de Jésus dans un esprit de réparation perpétuelle à travers la Catéchèse et le service des pauvres pour le salut des âmes et notre propre sanctification ». Il s’agit pour nous de manifester la compassion du Cœur Eucharistique de Jésus envers les pauvres, dans un esprit de réparation, d’humilité et d’abandon à Dieu (Matthieu 25, 40) : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».
L’apostolat des Sœurs Ocpsp repose profondément sur la catéchèse et le service des Pauvres sous toutes ses formes (personnes âgées, personnes handicapées, les enfants orphelins et en situation difficile, la femme, etc.). Organisé autour de six domaines d’intervention, le Service des Sœurs pour la promotion humaine (Ssph/Ocpsp), créé en 2006, est précisément l’organe qui coordonne le volet social du charisme. La spiritualité thérésienne est d’ailleurs officiellement associée à l’Institut.
Comme on peut le noter, vous êtes aux côtés des pauvres, sans doute pour leur redonner la dignité et l’espérance. Dites-nous, à ce jour, quels sont vos projets dans ce sens ?
Comme vous le dites si bien, nous sommes aux côtés des pauvres, non seulement pour répondre à leurs besoins immédiats, mais surtout pour leur redonner la dignité, leur permettre de retrouver la confiance en eux et de garder l’espérance. À ce jour, notre engagement se poursuit autour de six projets ou domaines d’intervention, qui ne sont rien d’autre que les œuvres sociales de l’Institut dès sa naissance. Nous accordons une attention particulière aux orphelins et enfants vulnérables, que nous accompagnons à travers nos Centres d’accueil et de protection de l’enfant (Cape), pour leur offrir un cadre sécurisant, une éducation soignée et de meilleures perspectives d’avenir. Le Ssph/Ocpsp accompagne 14 Cape de l’Institut répartis sur le territoire national, tous agréés par le Gouvernement béninois.
La mise en œuvre du Programme d’appui à l’inclusion des personnes handicapées (Paiph), en collaboration avec des Organisations partenaires qui sont des Ongs, des Instituts religieux, Caritas diocésaines et Organisations de personnes handicapées (Oph). Les appuis directs (appareillage, rééducation fonctionnelle, rééducation orthophonique, prothèse, aides techniques, fauteuils roulants, tricycles etc.), les activités de l’environnement stimulant (sensibilisation, renforcement de capacités, lobbying, plaidoyer etc.), la promotion de l’éducation inclusive sont les composantes de ce programme national. Très récemment, nous avons renforcé les capacités des mères d’enfants atteints de la paralysie cérébrale (Imc) à travers la formation sur l’approche Hambisela, afin que ces enfants puissent développer pleinement leurs potentialités et autonomie.
La protection et l’épanouissement des personnes âgées, qui sont souvent confrontées à la solitude et à la précarité. Nous apportons notre contribution pour leur permettre de vieillir dans la dignité, en renforçant leur accompagnement et en favorisant une plus grande solidarité autour d’elles à travers la sensibilisation des familles et des communautés sur le respect de leurs droits, l’appui psychosocial, des visites à domicile, des appuis alimentaires, sociosanitaires, etc.
La Promotion Féminine : ce secteur regroupe les actions du Ssph/Ocpsp à l’endroit des filles déscolarisées, victimes de mariage forcé, de violences basées sur le genre et des femmes en situation difficile, en vue de leur autonomisation. Les activités développées dans ce secteur se focalisent sur les cibles du Ssph/Ocpsp, à savoir les personnes du troisième âge ; des orphelins et enfants vulnérables et personnes handicapées.
Dans le domaine de la santé, l’objectif du Ssph/Ocpsp est d’offrir des soins de qualité et à moindre coût aux personnes les plus défavorisées de notre société. Dans sa vision de la promotion humaine, il offre à ses cibles des prestations à travers dix Centres de santé répartis sur le territoire national. L’éducation et la formation demeurent également des projets importants de notre Association. Notre ambition est de ne pas maintenir les personnes dans une situation d’assistance, mais de leur donner les moyens de devenir progressivement actrices de leur propre vie et de leur propre développement. En somme, nos projets restent et demeurent fidèles à la mission du Ssph/Ocpsp, qui est celle d’« aller vers les plus pauvres pour servir en eux le Christ. Être en tout temps et en tout lieu, la servante des pauvres qui sont notre raison d’être ». Cette mission est parfaitement liée à notre charisme.
De façon concrète, parlez-nous de l’impact de ces projets sur la vie des bénéficiaires et des communautés.
De façon concrète, nous pouvons dire que l’impact est visible d’abord dans la vie des personnes que nous accompagnons.
Sur le projet handicap, nous avons pu redonner ne serait-ce qu’un peu de bonheur, de sourire, de joie de vivre et d’espoir à des milliers d’enfants et jeunes handicapés béninois, toutes choses nécessaires pour la préservation de leur dignité humaine à travers des appuis directs dans différents domaines (soins de santé, de rééducation, les aides techniques, la scolarisation, la formation professionnelle, les kits d’installation, les moyens de subsistance, etc.), et des activités d’environnement stimulant (sensibilisation, renforcement de capacités, lobbying, plaidoyer, etc.) comme précisé plus haut.
Les orphelins et les enfants vulnérables jouissent d’un environnement protecteur dans le respect des normes en vigueur au Bénin. Nos actions ont permis de briser le cercle de la vulnérabilité, et de donner à ces enfants la possibilité et les moyens de devenir demain des adultes autonomes et responsables. Plusieurs sont insérés professionnellement et contribuent au développement de la société de nos jours.
Nos actions à l’endroit des personnes âgées contribuent surtout à lutter contre l’isolement et la vulnérabilité. Nous développons plus la prise en charge communautaire afin que ces personnes puissent continuer à vivre avec dignité et se sentir reconnues au sein de leurs familles et de la communauté comme des personnes ressources, et non des charges.
Mais il y a un autre impact, peut-être moins visible et pourtant essentiel : le changement de regard dans la société. Lorsqu’une personne handicapée va à l’école, apprend un métier, exerce une activité génératrice de revenus ou participe à la vie de sa communauté, elle n’est plus perçue comme un objet mais comme un sujet de droit. Le travail de sensibilisation et de renforcement des capacités que nous menons auprès des familles, des communautés et des acteurs locaux a justement contribué à faire progresser cette culture de l’inclusion. C’est donc là que nous situons notre véritable impact : dignité, confiance pour une société plus responsable, solidaire et plus inclusive. Au fond, lorsqu’une personne qui autrefois était marginalisée, retrouve sa place, quand un enfant retrouve le sourire et peut aller à l’école, quand une mère se sent capable d’accompagner son enfant, quand une personne âgée n’est plus seule grâce à nos actions, nous considérons que notre mission porte du fruit.



