La mévente s'avère un frein sérieux

Dans la plupart des nouveaux marchés inaugurés, la mévente s'est installée. Ce qui ne permet pas aux vendeuses de verser leurs redevances qu'elles trouvent onéreuses, tout simplement parce qu'il n'y a pas de clients
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Par Romaric DJOHOSSOU

L'entrée principale du marché de friperie sis à Pk3 à Cotonou
À quelques mètres de la paroisse Saint Joseph de Gbodjè et loin de l’étouffante chaleur à laquelle elle avait fini par s'habituer, Philomène, une détaillante à Godomey, fait ses achats au nouveau marché de Cococodji. Elle respire un air pur, tandis que ses bras tentent tant bien que mal de maintenir le panier posé sur sa tête. Au-dessus d’elle et des autres usagers, de petits panneaux indiquent les entrées et les sorties du marché. À gauche comme à droite, plusieurs commerçantes s’affairent. Il est 9 h et c’est jour de marché. Dans les grands halls qui concentrent les activités commerciales, de la vente des produits de première nécessité (maïs, pâtes alimentaires, riz, huile) aux produits secondaires et accessoires, le défilé continu des usagers semble indiquer que les achats vont bon train.
Debout sur le côté Est du marché et profitant de l’ombre du tout dernier bâtiment, Nathalie, une jeune vendeuse de gari, n’a pas de stand. « Les lieux s’animent beaucoup plus quand c’est le jour du marché », déclare-t-elle. «Il urge de trouver une solution pour loger tout le monde », se désole-t-elle, le regard tourné vers celles qui, faute de place, s’entêtent à exploiter l’espace vide. Tout autour du marché, des usagers visitent les boutiques et achètent quelques articles. Sur l’esplanade, un dispositif sécuritaire organise le parking. Interrompue alors qu’elle brossait avec un balai le plancher près d’une sortie, Ruth, une agente d’entretien arborant un corsage orange, explique « qu’ici, les toilettes sont obligatoires et qu’il faut payer entre 50 ou 100 Fcfa selon le besoin ».
Loyer de 18.200 Fcfa
La mesure d’hygiène rappelle d’autres dispositifs. Des lavabos propres en aluminium et des poubelles sont disposés à plusieurs entrées stratégiques du marché. à l’intérieur, des marquages délimitent l’espace de vente de certains commerçants. Sur certains stands, l’eau est aussi à portée de main. Chez les bouchers, les morceaux de viande soigneusement posés sur les comptoirs à l’abri des mouches attirent les consommateurs. À proximité d’un autre espace, des chants de volailles accueillent les clients : « cocorico, cocorico, cocorico » ! Dans ce compartiment, de nombreuses cages abritent les animaux destinés à la vente. Des loges inoccupées pour le moment semblent avoir été apprêtées pour retenir des caprins et des porcins.
À Cotonou, non loin du lac Nokoué, aux abords de la voie pavée donnant sur le stade Général Mathieu Kérékou, le nouveau marché de Mènontin redessine le paysage urbain. Contrairement au marché de Cococodji, celui-ci tient en un bloc. Il est 17h. À l’extérieur du bâtiment, non loin du parking, cinq restaurants partagent une terrasse affectée à leurs boutiques. À l’intérieur, au rez-de-chaussée, une bonne partie des places est occupée. L’animation est digne d’un marché de quartier, même s’il faut espérer mieux. Sur les étagères, la variété des marchandises éclairées par les lampes suspendues à la dalle du bâtiment, propose aux clients des condiments (piments, curcuma, tomates, oignons), légumes, sel, conserves, etc. Ici, on interpelle pêle-mêle : « Fofo ! Monsieur ! Viens acheter ! ». Sous la ventilation, dans un coin aménagé pour la vente de poisson frais, les vendeuses s’arrachent les clients. Leur remue-ménage attire l’attention. L’une d’entre elles remercie le Gouvernement pour la construction de l’édifice. Elle lance un cri de cœur : « Nous payons 18.200 Fcfa à la fin du mois. C’est beaucoup ! Nos recettes ne sont pas encore à la hauteur des exigences de l’Anagem, l’entreprise de gestion des marchés. Auparavant, nous payions 50 Fcfa par jour au ticketier ». À quelques pas d’elle, près d’une sortie, des affiches de l’Agence détaillent la procédure de paiement des espaces loués.
Propreté et respect des mesures de sécurité
à Wologuèdè, non loin des locaux de la mairie de Cotonou, un agent de sécurité explique qu’il « faut avoir les reins solides pour prendre les boutiques externes du nouveau marché ». À vrai dire, son propos ne fait qu’attester un constat : qu’il s’agisse de Mènontin ou de Wologuèdè, de nombreuses boutiques restent fermées. Cependant, certaines grandes sociétés y ont posé leurs valises, proposant des services dans les finances, la vente d’eaux minérales, de friandises, de produits congelés, etc. Il faut y ajouter une autre réalité commune à ces marchés : pas l’ombre d’une seule marchandise à l’étage. Au rez-de-chaussée, l’affluence a par contre baissé d’un cran par rapport au marché de Mènontin. à 18h, on pouvait compter sur le bout des doigts, les usagers qui franchissent le seuil du marché. En attendant de potentiels clients, les vendeuses occupent le temps avec leurs téléphones portables. Au marché moderne d’Aïdjèdo, dans un autre quartier de Cotonou, la réalité est toute autre. L’étage est occupé par quelques commerçantes. De part et d’autre des entrées du marché, les escaliers donnent une belle vue sur les produits en vente. Le marché est plus petit, mais n’a rien à envier à l’animation du marché de Wologuèdè. Certains réseaux de téléphonie mobile sont présents. Comme à Cococodji, de nombreuses boutiques aux alentours intensifient les échanges.
À l’autre bout de Cotonou, en empruntant le troisième pont reliant Cotonou-Ouest à Cotonou-Est, un nouveau marché dénommé « Petit Paris » par certains de ses usagers, accueille les amoureux de mode et de friperie, nostalgiques de l’ancien marché de friperie de Missèbo. Ici également, les habitudes et les mentalités ont relativement changé. La propreté et le respect des mesures de sécurité s’observent sous la vigilance des agents de sécurité déployés sur le terrain et de certains agents chargés du nettoyage. Dès qu’il descend de son véhicule et à mesure qu’il s’approche de l’infrastructure, c’est un cortège de racoleurs qui conduit le client avec insistance et parfois avec charme, à l’intérieur du marché. Il y découvre accrochés aux grilles des stands des jeans, des cargos, des chemises, des chaussures et d’autres éléments d’un code vestimentaire diversifié.
Fermeture sous la surveillance des agents de sécurité
Dans les bâtiments du marché, la délimitation des stands offre des couloirs clairement définis donnant sur une cour spacieuse destinée à de grands rassemblements. Sur un côté, des couturiers travaillent sur leurs machines à ajuster des pantalons et des rideaux de chambre. En face d’eux, les boutiques sont ouvertes. « Le marché commence à s’animer. J’ai espoir qu’il y aura une plus grande mobilisation », déclare une commerçante. Selon elle, « il faut attendre la démolition complète du marché Dantokpa et environs» pour accroître l’affluence au niveau des autres marchés. Dans cette partie de Cotonou, en prenant par l’ancien pont, à la croisée de plusieurs immeubles après la cathédrale de la ville, un marché grouille de monde. Sa situation géographique lui est favorable. On y commercialise un peu de tout et surtout les crudités. C’est le marché de Ganhi.
Plus de visiteurs que d'acheteurs
Cependant, presqu’à la fin de la journée, une cargaison de fruits (concombres, papayes, pastèques, etc.) et de légumes se retrouve à la poubelle à cause de la mévente et parce qu’ils sont en état de pourrissement. Les boutiques des grandes enseignes, quant à elles, continuent de tourner. S’il est vrai que certains commerçants ne se plaignent pas, d’autres s’inquiètent que les usagers soient seulement des visiteurs. C’est le cas d’Aïsha au marché de Gbégamey. Devant son stand, bien garni en gari, tapioca, maïs, tubercules, sucre, elle se réjouit du grand monde qui passe dans le marché, mais regrette que très peu de personnes fassent des achats. Alors qu’elle semble s'apitoyer sur son sort, un homme, la trentaine, relève le numéro matricule du stand voisin. L’homme, qui y vendait des oignons, souhaitait payer la redevance pour laquelle il est interdit d’activités au sein du marché ; l'agent de l'Anagem y a apposé un ruban de couleur rouge blanc. Il est 20h30. De stridents coups de sifflet sonnent la cessation des activités sur les stands et annoncent la fermeture du marché. Il en est de même au marché d’Agla Hlazounto, fermé sous la surveillance des agents de sécurité appelés à veiller toute la nuit, de façon à permettre une reprise sans encombres des activités le lendemain.
Réduction des redevances
II-4. Autorisation de réduction des redevances applicables aux espaces marchands des marchés urbains et régionaux des Pôles commercial TOKPA YÔYÔ et agroalimentaire TOKPA DAHO.
Le ministre du Commerce intérieur a fait au Conseil un compte-rendu de l'application des redevances actuellement fixées dans ces marchés. Il en ressort que, quoiqu'étant inférieures à ce qu'elles auraient dû être en réalité, celles-ci sont jugées quelque peu élevées par les marchands et les exploitants des stands et boutiques.
Tenant compte des doléances émises, le Président de la République a donné des orientations en vue de renforcer l'accessibilité financière des marchés modernes et de favoriser leur occupation optimale.
Sur cette base, le Conseil a donné son accord pour qu'il soit procédé à une réduction des redevances mensuelles pour compter du mois de juillet 2026.
A cet effet, le ministre de l'Economie et des Finances est instruit d'augmenter les subventions de l'Etat destinées à l'entretien des infrastructures marchandes modernes concernées.
(Extrait du comptre-rendu du Conseil des ministres du 1er juiller 2026)
Dans les marchés urbains de Cadjèhoun, Aidjèdo, Mènontin, Wologuèdè, Gbégamey, Ganhi, Hlazounto, Tokplégbé et Midombo, la redevance mensuelle passe de 18.000 Fcfa à 12.000 Fcfa. Au marché de friperie de PK3, elle est ramenée de 21.000 Fcfa à 15.000 Fcfa.
Les commerçants installés à Ahouangbo, Guéma, Houndjro, Djougou, Cococodji et Ouando verront, eux aussi, leurs charges diminuer, avec un tarif réduit de 13.000 Fcfa à 9.000 Fcfa. Dans les marchés régionaux de Pahou, Azovè, Houègbo, Glazoué et Natitingou, la redevance mensuelle passe de 7.500 Fcfa à 5.000 Fcfa.
La baisse concerne également les pôles commerciaux. À Tokpa Yôyô, les boutiques passent de 10.500 Fcfa à 8.000 Fcfa le mètre carré, les restaurants de 9.500 Fcfa à 7.000 Fcfa, tandis que les stands sont ramenés de 7.500 Fcfa à 5.000 Fcfa le mètre carré. Enfin, au pôle agroalimentaire Tokpa Daho, les redevances des espaces marchands des entrepôts secs passent de 100.000 Fcfa à 64.000 Fcfa, tandis que celles des entrepôts frigorifiques sont ramenées de 2.125.000 Fcfa à 1.500.000 Fcfa.
Source : Banouto
Par Romaric DJOHOSSOU

Pahou
La 3e phase du Programme de développement des infrastructures économiques et marchandes (Pdiem) a connu son épilogue le 30 juin dernier à Djougou. À l’heure du bilan, Janvier Yahouédéou, ministre de la décentralisation et de la gouvernance locale, a salué l’apport du Programme suisse appuyé par la Coopération allemande et belge, dans la réalisation de 25 infrastructures marchandes dans 24 Communes visiblement sous-équipées en la matière. Avec les marchés modernes déjà en place, il va sans dire que les marchés au Bénin font peau neuve.
La dernière phase du Pdiem englobe plusieurs Communes rurales au Bénin telles que Bohicon, Glazoué, Nikki, Péhunco, et intègre la formation de plus de 3.300 artisans aux techniques de fabrication de briques en terre comprimée. De 2022 à 2026, durée de sa mise en œuvre, cette phase a renforcé le développement local avec, au total, 14 nouvelles infrastructures réalisées au profit de diverses localités béninoises. Ces infrastructures viennent consolider les efforts du Gouvernement qui a construit 35 marchés modernes. Lors d’une conférence de presse animée il y a un an par Eunice Loisel Kiniffo, Directrice générale de l’Agence nationale de gestion des marchés (AnaGeM), trois types de marchés modernes ont été identifiés : les marchés urbains de Cotonou, les marchés urbains des villes à statut particulier, et les marchés régionaux à animation périodique.
Parmi les marchés urbains des villes à statut particulier, on compte le marché d’Ahouangbo (Porto-Novo), de Houndjro (Abomey), le marché de Djougou et le marché Guéma à Parakou. Au nombre des marchés régionaux à animation périodique, 4 s’animent tous les sept jours : le marché d’Azovè, de Houègbo, de Pahou et de Natitingou. Selon International Tax Impact, « la phase 1 du Pdiem a rénové six infrastructures économiques et marchandes d’importance nationale et régionale, pour dynamiser l’économie locale », tandis que la phase 2 en a rénové 4.






