► « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16)
(Homélie du Cardinal Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui)

Dieudonné Cardinal Nzapalainga
L’homélie du Cardinal Dieudonné Nzapalainga a mis l’accent sur la personnalité du Christ, son autorité et le pouvoir qu’il a reçu du Père. Le prélat a également parlé des pauvres et invité l’assemblée à les entourer d’amour quel que soit leur état de vie.
Chers frères dans l’épiscopat,
Chers confrères dans le sacerdoce,
Chers religieux et religieuses,
Autorités civiles et politiques en vos rangs et grades ;
Chers frères et sœurs pèlerins,
Pour la 72e fois, après la solennité de l’Assomption, nous sommes venus nombreux en pèlerinage au pied de la Grotte mariale Notre-Dame de la paix et de l’unité d’Arigbo de Dassa. En faisant cette halte spirituelle devant la Mère du Seigneur, nous avons goûté à sa bonté réconfortante. La Reine du ciel est une Mère qui rassemble, une Mère attentive aux besoins essentiels de ses enfants. Elle ne trompe pas et ne déçoit pas. Avec cette humble Servante du Seigneur, nous avons rencontré le Christ à travers l’enseignement sur les pauvres le vendredi soir. Elle nous a conduits à la source de guérison le samedi. Maintenant, notre cœur déborde de joie pour toutes les grâces reçues. Avec le psalmiste, chacun peut dire: « De tout mon cœur, Seigneur, Je te rends grâce : tu as entendu les paroles de ma bouche » (Ps 137,1).
Aujourd’hui, nous repartons enrichis par la Parole de Dieu, fortifiés par l’Eucharistie et renouvelés par la tendresse maternelle de la Mère de l’Église. Mais avant de nous laisser partir, dans l’Évangile que nous venons d’écouter, le Seigneur nous adresse deux questions qui renvoient aux mystères essentiels du message évangélique : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme » ? « Et vous, qui dites-vous que je suis » (Mt 16,13.15) ?
Chers frères et sœurs, toute la vie chrétienne dépend de la connaissance de l’identité de Jésus. Dans le texte évangélique, les foules disent du Fils de l’homme qu’il est « Jean le Baptiste, Élie, Jérémie ou quelque autre prophète » (Mt 16,14). Elles écoutaient son enseignement et admiraient ses miracles. Elles le respectaient. Mais elles ne connaissaient pas suffisamment le mystère profond de sa personne. Aujourd’hui encore, concernant Jésus, beaucoup de gens expriment des opinions contradictoires de mille manières. Certains disent qu’il est un grand sage. D’autres, oubliant la dimension de la croix, le présentent comme un révolutionnaire ou celui qui a les solutions aux problèmes. Ayant du mal à admettre sa singularité absolue, d’autres le réduisent à un simple ancêtre ou un guérisseur extraordinaire. D’autres sont indifférents ou manifestent du mépris à son égard. Qu’en est-il de nous ? En tant que chrétiens, que faisons-nous connaître « du mystère du Christ » à travers notre enseignement, et surtout notre témoignage dans la vie quotidienne et la liturgie ? La multiplicité de nos opinions à son sujet et la division des chrétiens en Églises et confessions séparées voire antagonistes, ne brouillent-elles pas la vraie image du Christ ?
Dans l’Évangile, au nom des apôtres, Pierre dit qui est pour lui Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Telle est la profession de foi qui nous rassemble. Cette profession est le sommet de tout le chemin parcouru par les disciples. Elle révèle deux vérités fondamentales. Premièrement, Jésus est le Christ, le Messie attendu, le Roi et le Pasteur venu donner la vie en abondance à son peuple et à toute l’humanité. Deuxièmement, il est aussi le Fils du Dieu vivant, dans une communion unique avec le Père. Le Dieu vivant est le Créateur et la source de la vie éternelle. En tant que Fils, Jésus a reçu du Père une autorité et des pouvoirs que nul n’avait eus avant lui. Il reste le seul à les détenir et à les exercer personnellement et d’une manière inaliénable. Même si dans nos hésitations et nos résistances, nous déformons parfois son image, demandons la grâce de toujours confesser avec assurance, en particulier dans la liturgie : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».
Selon le texte évangélique, la foi de Pierre suscite l’admiration et l’action de grâce de Jésus qui dit : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas » (Mt 16,17a). En déclarant Pierre « heureux », Jésus ne loue pas son intelligence, ni la profondeur de ses réflexions, mais il souligne l’origine de sa découverte : « Ce n'est ni la chair, ni le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux» (Mt 16,17bc). En indiquant l’origine divine de la foi de Pierre, Jésus reconnaît sa vérité. Il se proclame effectivement comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant », et reconnaît Dieu comme son Père. Comme l’a dit Benoît XVI, même si dans l’histoire, de nombreuses personnalités ont vécu de belles et émouvantes expériences de Dieu, Jésus seul est Dieu et lui seul est le pont qui met vraiment Dieu et l’homme en contact direct. C’est l’unique Médiateur du salut dont nous avons tous besoin. En Église, continuons à scruter et à percevoir le contenu inépuisable de la profession de foi de Pierre. Même si beaucoup, aujourd’hui encore, croient en Dieu sans le reconnaître comme le Père de notre Seigneur Jésus- Christ, pour nous, la foi au Fils engage toujours la foi en Dieu le Père (Jn 14,7). Que le Seigneur nous donne la grâce de rendre compte de notre foi en parole, par notre manière de vivre, par les sacrements et l’action liturgique de l’Église !
Le passage évangélique ne s’arrête pas à la révélation de l’identité profonde de Jésus et à l’admiration de l’apôtre. Jésus révèle aussi l’identité de Simon et lui fait une promesse : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église, et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux : Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux» (Mt 16,18-19). Dans cette promesse, Jésus nomme Simon et le « surnomme » Pierre. Il lui confie une charge inattendue qui consiste à être la pierre sur laquelle il bâtira son Église. De même, il l’investit d’une autorité universelle qui lui permet d’enseigner et de gouverner, de déclarer permis ou illicite, d’absoudre ou de condamner, de garder ou d’exclure qui est fidèle ou infidèle à la révélation du Père concernant Jésus. Il s’agit d’un pouvoir d’ordre pastoral à exercer selon l’exemple et dans l’esprit du Seigneur. Comme le dit Saint Paul en 1 Co 3,11, la pierre par excellence est Jésus lui-même, en dehors de qui il n’y a pas d’autre fondement. Nul ne peut remplacer le Christ qui est, lui seul, la pierre invisible sur laquelle l’Église repose. Simon est désigné comme la pierre visible de l’édifice, la pierre solidement posée sur l’unique fondement par le ciment de la foi que le Père lui a donnée.
Dans la promesse à Pierre, Jésus évoque un conflit entre le Dieu vivant et une force agressive qu’il nomme « la puissance de la Mort » ou « les portes de l’Hadès ». Il déclare que cette force hostile ne pourra retenir captif aucun de ces fidèles qui auront accueilli la révélation du Père. Depuis deux mille ans, des empires sont tombés. Des royaumes ont disparu. Des idéologies ont voulu effacer Dieu. Des persécutions ont tenté d’anéantir les disciples du Christ. L’Église a connu des crises et des tempêtes, mais la « puissance de la Mort ne l’a pas emporté sur elle ». En effet, son Chef est le Ressuscité qui a définitivement vaincu la Mort et toutes les puissances du Mal. Pierre a certes subi le martyre. Les apôtres sont morts, ainsi que les premiers disciples et les convertis des générations successives. Mais l’Église demeure, et les clés confiées à Pierre sont transmises à ses successeurs. L’Église est toujours debout parce que sa solidité ne vient pas des hommes, mais de Jésus-Christ à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre (Mt 28,18).
Chers frères et sœurs, rendons grâce à Dieu pour le don de la foi qui brise toutes les barrières. Elle nous a été transmise par des intermédiaires humains. En tant que chrétiens, nous n’avons pas le monopole de “Jésus”, ni des dons de Dieu. Toutefois, nous sommes appelés à vivre notre foi et à partager ses richessess aux autres dans le dialogue et la tolérance, le respect de la liberté religieuse et la charité. En quittant la grotte mariale d’Arigbo, sachons que le véritable fruit de notre pèlerinage se mesure par la profondeur de notre foi et la qualité de notre charité. Nous avons récité le chapelet en méditant les mystères de la vie du Christ. Nous avons participé aux célébrations liturgiques et goûté à l’enseignement sur l’encyclique du Pape Léon XIV, dilexit te, « Je t’ai aimé ». « Avec Marie, aimons les pauvres », c’est-à-dire les jeunes qui vivent dans le désespoir, les familles divisées, les personnes âgées abandonnées, les malades oubliés, les déplacés par les violences, les veuves, les orphelins…
Que Notre-Dame de Kandi-fo (Kandi) nous obtienne des grâces en surabondance !
Que Notre-Dame de la Divine Miséricode d’Allada (Cotonou) nous apprenne à être doux et humbles !
Que Notre-Dame de la paix de Bembéréké (N’Dali) fasse de nous des artisans de justice et de réconciliation.
Que Notre-Dame des Lagunes, Maria-Tokpa de Porto- Novo apaise toutes les tempêtes de notre vie !
Que Notre-Dame des lendemains meilleurs de Lokossa fasse aboutir nos projets pour la plus grande gloire de Dieu !
Que Notre-Dame de Donpargo (Djougou) nous guide sur les pas du Christ !
Que Notre-Dame de l’Atacora (Natitingou) consolide notre unité et nous donne de bons conseils !
Que Marie qui défait les nœuds de Kpoto (Abomey) brise toutes les embûches de l’ennemi sur nos pas !
Que Notre-Dame de Komiguéa (Parakou) accorde la fécondité aux couples et protège les familles !
Que Notre-Dame d’Arigbo (Dassa-Zoumè) nous obtienne la paix et l’unité dans nos pays !
Que Notre-Dame de la route veille sur nous sur le chemin du retour ! Amen.





