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MONDIAL 2026

Des victoires, des nuls consistants et des défaites pour l’Afrique

Par Père Frédéric S. HOUNKPONOU, SECRÉTAIRE AU SECRÉTARIAT DE L’ARCHEVÊCHÉ DE COTONOU26 juin 202646 vuesJournal N° 1869
Des victoires, des nuls consistants et des défaites pour l’Afrique

Au cours de son premier match, le Ghana a battu par 1 but à 0 le Panama. En concédant le nul contre l'Angleterre, les Black Stars s'offrent beaucoup de chance pour les 16e de finale

Plusieurs jours après le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 au Mexique, au Canada et aux États-Unis, l’Afrique présente un premier bilan globalement rassurant. Représenté pour la première fois par dix équipes nationales, le Continent a déjà montré sa force, ses fragilités et son immense réservoir de jeunesse. 

Le Mondial de football co-organisé par le Mexique, le Canada et les États-Unis s’est ouvert pour l’Afrique comme une aurore majestueuse par endroits, voilée par quelques orages, bien qu’incertaine quant à l’issue finale. Avec dix pays qualifiés, contre cinq lors des précédents tournois à 32 équipes, jamais auparavant dix drapeaux africains n’avaient flotté simultanément sur la plus grande scène du football mondial. Ce n'est en fait que justice rendue à un Continent de 30 millions de Km2, et qui compte 54 États indépendants. Ce record historique, qui profite d’une réforme de la compétition avec un élargissement à 48 équipes, n’est cependant pas un cadeau. C’est une conquête sportive, traduisant une progression technique, athlétique et logistique indéniable du football africain qui continue de générer passion et ferveur populaires. De fait, dans les quartiers populaires de Praia, d’Abidjan, de Dakar, de Casablanca, de Kinshasa ou du Caire, les veillées de match traduisent cette passion collective qui dépasse le sport. Le football, comme fait social total, y devient langage commun, lieu d’expression de patriotisme, de fraternité, miroir des peuples et de leur dignité. 

Ce que les résultats disent 

Sur le terrain, comme sur le Continent, le bilan des premiers matchs est contrasté, mais loin d’être décourageant. Le Maroc a frappé fort en tenant le Brésil, quintuple champion du monde, en échec au MetLife Stadium de New York, 1–1, dans un match où les Lions de l’Atlas ont confirmé leur statut acquis depuis la demi-finale de 2022 au Qatar. La Côte d’Ivoire a signé une entrée sobre, mais solide face à l’Équateur, 1–0. L’Égypte, emmenée par Mohamed Salah en quête de consécration mondiale après neuf buts en dix matchs de qualifications, a arraché un précieux point face à la Belgique (1-1). La République démocratique du Congo, de retour sur la scène mondiale après 52 ans d’absence, a résisté, avec une performance de caractère, à Cristiano Ronaldo et au Portugal (1-1) à Houston. Elle a confirmé ainsi que sa qualification par les barrages intercontinentaux n’avait rien d’un accident. 

Le Ghana a attendu le bout du temps additionnel pour battre le Panama, 1–0 à Toronto, et se donner de l’air avec l’Angleterre (0-0). À l’inverse, la Tunisie a subi une sévère correction face à la Suède (1-5), et le Sénégal, champion d’Afrique en titre, s’est incliné devant la France (1-3). L’Algérie a cédé sans surprise devant l’Argentine championne en titre (0-3). Et l’Afrique du Sud, en match d’ouverture face au Mexique, n’a pu éviter la défaite (0-2) avec une prestation loin d’être convaincante. Mais la prestation inattendue de la première semaine demeure le Cap-Vert. Pour sa toute première participation à une Coupe du monde, l’Archipel de quelque 500 mille habitants situé au large des côtes sénégalaises, a tenu tête à l’Espagne, l’un des favoris au titre mondial, en faisant un match nul et vierge 0-0, un résultat déjà historique. Il n'en fallait pas plus pour provoquer des scènes de liesse de Mindelo à Praia, et remplir de fierté les millions d’émigrés cap-verdiens dispersés aux quatre coins du monde. 

Un Continent qui prend en main son destin 

Au-delà des scores, un signal discret mais puissant mérite attention. Au début du tournoi, l’on comptait six sélections sur dix dirigées par des entraîneurs africains ou issus de la diaspora. Ce n’est pas un détail, mais le signe de ce que l’on pourrait qualifier de « souveraineté technique » encore inachevée, mais réelle. Pendant des décennies, plusieurs fédérations africaines de football, par manque de confiance dans les entraîneurs africains, ont misé sur des techniciens expatriés, parfois brillants, mais aussi bien souvent déconnectés des réalités du terrain, ou carrément nuls. Depuis quelques années, les sélectionneurs africains commencent à jouir de la confiance et du respect qu’ils méritent. Ils assument désormais, à la tête des sélections nationales les plus prestigieuses d’Afrique, leurs propres méthodes, leur propre philosophie et leur propre vision du jeu. Le Maroc, première nation africaine qualifiée pour ce Mondial en cours avec huit victoires en huit matchs, 22 buts marqués et seulement deux encaissés, en est le symbole le plus avancé. Cette mutation silencieuse est peut-être la victoire la plus durable que ces nations emportent déjà de ce Mondial. 

Ayyoub Bouaddi, l’enfant prodige qui illumine le MetLife 

Le visage de la première semaine africaine est peut-être celui d’Ayyoub Bouaddi. À 18 ans, le milieu marocain de Lille, une équipe de première division française, a affronté les grands milieux de terrain aux talents confirmés que sont Casemiro, Lucas Paquetá et Bruno Guimarães, comme s’il avait toujours vécu dans cette lumière. Face au Brésil, quintuple champion du monde, au MetLife Stadium de New York, il a touché 89 ballons, réussi 91% de ses passes, récupéré 6 ballons et gagné 11 duels sur 14. Son coéquipier en sélection, Neil El Aynaoui, résume l'évidence : «Il a une telle maturité dans son jeu, on dirait qu’il ne panique jamais. Ça nous fait du bien d’avoir un joueur calme sous pression ». Le quotidien espagnol Mundo Deportivo salue pour sa part « un joueur qui voit le football à travers les mathématiques », soulignant de manière élogieuse son intelligence de jeu et sa passion pour cette science. Sa prestation ne fera qu’accroître sa valeur marchande sur le marché des transferts où déjà, sur Transfermarkt, cette valeur est estimée à plus de cinquante millions d’euros. 

Son histoire est celle d’un enfant de Senlis, ville de l’Oise en France, né dans une famille marocaine, repéré par le Losc en 2021 et devenu professionnel à seulement 15 ans. À dix-sept ans, il participait déjà à la victoire historique de Lille, en ligue des champions de l’Uefa (2024), face au Real Madrid. Sur les réseaux sociaux circule actuellement une photo d’Ayyoub prise en 2018. On l’y voit, à dix ans, suivre la Coupe du monde depuis les tribunes. Huit ans plus tard, à l’issue de la première semaine de compétition, avec une prestation consistante en mondovision, il en devient l’une des révélations. Et à la vérité, même si l’adolescent évoque des raisons personnelles, son choix récent du Maroc plutôt que de la France illustre bien la tendance profonde d’une Afrique qui attire, convainc et qui se donne les moyens de construire son avenir. La deuxième semaine de compétition reste décisive. Le Continent reste entier dans la course. Si aucun pronostic certain n'est encore possible quant au nombre de drapeaux africains qui flotteront en 16e de finale, une chose est déjà certaine : l’Afrique ne se contentera plus de se satisfaire d’une participation à la Coupe du monde. Elle a conscience qu’elle a le potentiel et les ressources nécessaires pour prétendre aller loin dans la compétition. 

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