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SECRETARIAT GENERAL DES NATIONS UNIES

Avis juridique sur la candidature de Macky Sall

Par Ambassadeur Dr. Théodore C. LOKO (À la retraite), ENSEIGNANT-CHERCHEUR24 avril 202622 vuesJournal N° 1860
Avis juridique sur la candidature de Macky Sall

Théodore C. Loko

La désignation d’un candidat africain au poste de Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies (Onu) constitue un enjeu stratégique majeur pour le continent, tant en termes de représentation que d’influence dans la gouvernance mondiale. La possible nomination de l'ancien président sénégalais Macky Sall soulève cependant des interrogations juridiques et institutionnelles, notamment quant à la procédure suivie au sein de l’Union africaine (Ua) et aux principes de l’État de droit. L'analyse ci-dessous examine, d’une part, la régularité procédurale de cette nomination et, d’autre part, les enseignements à en tirer pour l’Afrique.
La pratique consistant à présenter un candidat africain consensuel au poste de Secrétaire Général de l’Onu s’inscrit dans une logique de rotation géographique informelle reconnue dans la pratique internationale, bien que non formalisée juridiquement dans la Charte des Nations Unies. Traditionnellement l’Ua, par ses organes politiques (Conférence des chefs d’État et de Gouvernement, Conseil exécutif), joue un rôle central dans l’identification et l’endossement d’un candidat africain. Toutefois, l’absence de procédure codifiée stricte au sein de l’Ua a souvent laissé place à des pratiques politiques variables, parfois marquées par des négociations informelles et des équilibres diplomatiques.   Précaution procédurale Sur le plan juridique, plusieurs exigences doivent être respectées. Principe de compétence. La désignation d’un candidat continental relève de la compétence des organes politiques de l’Ua, notamment: la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement; éventuellement le Conseil exécutif. Toute initiative unilatérale ou informelle en dehors de ces cadres pourrait être entachée d’irrégularité. Principe de transparence et d’égalité. Tout processus de sélection doit garantir : l’égalité entre les États membres; la possibilité pour plusieurs candidatures d’être examinées; la transparence des critères de sélection. Principe de légalité. Toute décision doit être conforme à l’Acte constitutif de l’Ua, aux règles internes de procédure. L’absence de respect de ces principes pourrait fragiliser la légitimité du candidat africain sur la scène internationale. Le rôle du Bureau du Conseiller juridique de l’Union africaine Le Bureau du Conseiller juridique de l’Ua joue un rôle déterminant. Par sa fonction consultative, il doit vérifier la conformité de la procédure aux textes de l’Ua et éclairer les organes politiques sur les risques juridiques. Garantie de sécurité juridique. Son intervention permet d’éviter les contestations internes  et de renforcer la crédibilité de la candidature africaine. Prévention des conflits institutionnels. En cas de divergences entre États membres, le Bureau peut contribuer à clarifier les règles applicables et proposer des solutions juridiquement viables.   Leçon pour l’Afrique La question posée révèle une problématique plus large: celle de la consolidation de l’État de droit en Afrique. Primauté du droit sur le politique. Les États africains doivent veiller à ce que les procédures juridiques encadrent strictement les décisions politiques ; les règles soient respectées indépendamment des intérêts circonstanciels. Renforcement des Institutions. Une culture de l’État de droit suppose des institutions indépendantes ; des mécanismes de contrôle effectifs.     Crédibilité internationale. Le respect de l’État de droit au niveau interne conditionne la crédibilité des États africains et leur capacité à porter des candidatures légitimes à l’échelle mondiale.   Construction de l’État de droit à l’échelle internationale Une gouvernance mondiale encore imparfaite. Le processus de nomination du Secrétaire général de l’Onu reste largement politique, dominé par le Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment ses 5 membres permanents et ses 10 membres non permanents. Nécessité de formalisation. L’Afrique peut plaider pour une formalisation accrue des procédures de sélection, une plus grande transparence au niveau international. Responsabilité collective. L’Afrique, en tant qu’acteur collectif à travers l’Ua, doit promouvoir des pratiques exemplaires et contribuer à l’évolution du Droit international vers davantage de légitimité et de justice. La nomination de l'ancien président sénégalais Macky Sall comme candidat africain au poste de Secrétaire général de l’Onu ne peut être pleinement légitimée que si elle repose sur une procédure rigoureuse, transparente et conforme aux règles de l’Ua. Au-delà de cette question spécifique, cette situation met en lumière un enjeu fondamental : la nécessité pour l’Afrique de consolider l’État de droit, tant au niveau national qu’international. En définitive, la crédibilité du Continent sur la scène mondiale dépend moins des personnalités qu’il propose, que de la qualité des procédures qu’il met en œuvre.