► Un itinéraire de vérité et d'espérance
Par Innocent ADOVI

Le Pape Léon XIV au milieu de la foule
Lundi 13 avril, en fin
de matinée, le Pape Léon XIV est accueilli à l’aéroport international Houari
Boumédiène d’Alger, première étape d’un périple placé sous le signe du dialogue
et de la mémoire. Après un passage au Maqam Echahid, monument des martyrs, puis
un entretien avec le président de la République au Palais présidentiel, il
s’adresse aux autorités civiles et insiste sur la responsabilité des États dans
la construction de la paix. La visite, en fin d’après-midi, de la Grande
Mosquée d’Alger confirme cette orientation, avant une rencontre avec la communauté
catholique à la basilique Notre-Dame d’Afrique. Le mardi 14 avril, le Pape se
rend à Annaba, sur les traces de Saint Augustin. La descente sur le site
archéologique d’Hippone, en matinée, constitue l’un des moments les plus denses
du séjour algérien. La visite d’une maison de retraite tenue par les Petites
Sœurs des Pauvres marque une fois de plus, son attention aux plus vulnérables.
L’après-midi, la messe célébrée dans la basilique Saint Augustin rassemble
fidèles et autorités. Le retour à Alger en soirée clôt une séquence algérienne
particulièrement structurée.
Le mercredi 15 avril, le Pape s’envole pour Yaoundé.
Il se rend au Palais présidentiel pour une visite de courtoisie au président de
la République, avant la rencontre avec les autorités, la société civile et le
Corps diplomatique. La visite de l’orphelinat Ngul Zamba, en fin de journée,
introduit une dimension sociale qui va caractériser le reste du voyage. Le
jeudi 16 avril constitue l’un des moments les plus sensibles de toute la
tournée. Le Pape se rend à Bamenda, au cœur de la région anglophone en crise. À
la Cathédrale Saint Joseph, il participe à une rencontre pour la paix avec la
communauté locale, avant de célébrer une messe dans l'enceinte de la base
militaire de l’aéroport de Bamenda, après un parcours en papamobile au milieu
d’une population marquée par des années de tensions. Sans dramatisation
excessive, mais avec gravité, le Pape inscrit cette étape comme un acte
pastoral au cœur d’une fracture politique majeure. Le retour à Yaoundé en fin
de journée se fait dans une atmosphère recueillie. Le lendemain, vendredi 17
avril, le déplacement à Douala donne lieu à une grande célébration au stade de
Japoma, précédée d’un bain de foule. De retour à Yaoundé, le pape rencontre en
fin d’après-midi le monde universitaire à l’Université catholique d’Afrique
centrale, développant un discours structuré sur la responsabilité
intellectuelle et la formation des élites.
Échanges sur la vie interne de l’Église
Samedi 18 avril, après une messe matinale à l’aéroport
de Yaoundé-Ville, le Pape prend congé du Cameroun pour rejoindre Luanda, où il
est accueilli dans l’après-midi avant ses premières rencontres
institutionnelles avec les autorités angolaises. La journée du dimanche 19
avril est marquée par une grande célébration eucharistique à Kilamba, suivie
dans l’après-midi d’un déplacement à Muxima. Sur l’esplanade du sanctuaire
marial, le Pape préside la prière du chapelet dans un climat de ferveur
populaire, inscrivant cette étape sous le signe de la piété mariale africaine.
Le lundi 20 avril conduit le Pontife à Saurimo, dans l’est du pays. La visite
d’une maison de retraite, suivie d’une messe sur l’esplanade de la ville, met
en lumière une volonté constante de sortir des seules capitales. De retour à Luanda,
il rencontre en fin de journée, les évêques, prêtres et agents pastoraux sur la
paroisse Notre-Dame de Fatima, dans un échange centré sur la vie interne de
l’Église.
Le mardi 21 avril, le
Pape quitte l’Angola pour la Guinée équatoriale.
À Malabo, après l’accueil officiel, il rencontre le président de la République
ainsi que les autorités et le Corps diplomatique, avant un échange avec le
monde de la culture à l’Université nationale, sur le campus qui porte son nom.
La journée du mercredi 22 avril est particulièrement dense et géographiquement
éclatée. Le Pape se rend d’abord à Mongomo, où il célèbre la messe dans la
basilique de l’Immaculée Conception après un parcours en papamobile. Il rejoint
ensuite Bata, où il visite la prison et se recueille au mémorial des victimes
de l’explosion du 7 mars 2021. La rencontre avec les jeunes et les familles au
stade de Bata, en soirée, donne lieu à l’un des derniers grands discours du
voyage, centré sur la responsabilité des nouvelles générations. Le jeudi 23
avril, à Malabo, le Pape célèbre en matinée la messe de clôture au stade de la
ville, avant la cérémonie d’adieu et son retour à Rome.
► « Gouverner, c’est aimer son pays, mais aussi les pays voisins ». (Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre avec les autorités, les représentants de la société civile et le Corps diplomatique accrédité au Cameroun)
Par Pape Léon XIV

Pape Léon XIV
Au cours de son voyage apostolique en Afrique, le Pape Léon XIV a délivré
un discours au Palais présidentiel de Yaoundé le mercredi 15 avril 2026. Il
insiste sur la gouvernance, le professionnalisme des cadres et la contribution
de la société civile dans la construction de la paix sociale.
Monsieur le Président,
Distinguées Autorités et membres du Corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs !
Je
vous remercie sincèrement pour l’accueil chaleureux qui m’a été réservé et pour
les paroles de bienvenue qui m’ont été adressées. C’est une profonde joie de me
trouver au Cameroun, souvent qualifié d’"Afrique en miniature" en
raison de la richesse de ses territoires, de ses cultures, de ses langues et de
ses traditions. Cette variété n’est pas une fragilité, mais un trésor. Elle est
une promesse de fraternité et une fondation solide pour construire une paix
durable.
Je
viens parmi vous en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité
et de la paix. Ma visite exprime l’affection du Successeur de Pierre pour tous
les Camerounais, ainsi que le désir d’encourager chacun à poursuivre, avec
enthousiasme et persévérance, la construction du bien commun. Nous vivons une
époque où la résignation se répand et où un sentiment d’impuissance tend à
paralyser le renouveau que les peuples ressentent profondément. Que de faim et
soif de justice ! Que de soif de participation, de visions, de choix courageux
et de paix ! Mon grand désir est de toucher le cœur de chacun, en particulier
celui des jeunes, appelés à façonner, y compris sur le plan politique, un monde
plus juste. Je tiens également à manifester ma volonté de renforcer les liens
de coopération entre le Saint-Siège et la République du Cameroun, fondés sur le
respect réciproque, sur la dignité de toute personne humaine et sur la liberté
religieuse.
Le
Cameroun garde en mémoire les visites de mes Prédécesseurs : celle de Saint
Jean-Paul II, messager d’espérance pour tous les peuples d’Afrique ;
et celle de Benoît XVI, qui souligna l’importance de la réconciliation, de
la justice et de la paix, ainsi que la responsabilité morale des gouvernants.
Je sais que ces moments ont marqué votre histoire nationale, telles des
exhortations exigeantes à l’esprit de service, à l’unité et à la justice. Nous
pouvons donc nous interroger : où en sommes-nous? Comment la Parole qui nous a
été annoncée a-t-elle porté ses fruits ? Et que reste-t-il à faire ?
Il y
a 1600 ans, Saint Augustin écrivait des mots d’une grande actualité : «Ceux qui
commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent
pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par
orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger » (Saint Augustin, De
civitate Dei, XIX, 14). Dans cette perspective, servir son pays c’est se
consacrer, avec un esprit lucide et une conscience intègre, au bien commun de
tout le peuple: de la majorité, des minorités, dans leur harmonie réciproque.
Aujourd’hui,
comme beaucoup d’autres nations, votre pays traverse des épreuves compliquées.
Les tensions et les violences qui ont frappé certaines régions du nord-ouest,
du sud-ouest et de l’extrême nord ont causé de profondes souffrances: des vies
perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’école, des jeunes qui ne
voient pas d’avenir. Derrière les statistiques, il y a des visages, des
histoires, des espérances brisées. Face à des situations aussi dramatiques
j’ai, au début de cette année, invité l’humanité à rejeter la logique de
la violence et de la guerre, pour embrasser une paix fondée sur l’amour et la
justice. Une paix désarmée, c’est-à-dire qui n’est pas fondée sur
la peur, la menace ou les armements ; et désarmante, car capable de
résoudre les conflits, d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance,
l’empathie et l’espérance. La paix ne peut être réduite à un slogan : elle doit
s’incarner dans un style, personnel et institutionnel, qui rejette toute forme
de violence. C’est pourquoi je le répète avec force : « Le monde a soif de
paix. […] Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de
destructions, d’exilés » [Discours en présence des chefs religieux à
l’occasion de la Rencontre mondiale pour la paix (28 octobre 2025)]. Ce cri veut être un appel à la volonté de contribuer à une
paix authentique, en la faisant passer avant tout intérêt partisan.
La
paix, en effet, ne se décrète pas : elle s’accueille et se vit. Elle est un don
de Dieu qui se développe à travers un travail patient et collectif. Elle est de
la responsabilité de tous, en premier lieu celle des Autorités civiles.
Gouverner, c’est aimer son pays, mais aussi les pays voisins. Le commandement
"aime ton prochain comme toi-même" s’applique également aux relations
internationales! Gouverner, c’est écouter réellement les citoyens, estimer leur
intelligence et leur capacité à contribuer à l’élaboration de solutions
durables aux problèmes. Le Pape François a souligné la nécessité de dépasser «
cette conception des politiques sociales comme une politique envers les
pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais pour les pauvres, et encore moins
inscrite dans un projet qui rassemble les peuples » [ François, Discours
aux participants à la 3e Rencontre mondiale
des mouvements populaires (5
novembre 2016)].
Dans
ce changement d’approche, la société civile doit être considérée comme une
force vitale pour la cohésion nationale. Le Cameroun est lui aussi prêt pour
cette transition ! Associations, organisations de femmes et de jeunes,
syndicats, Ongs humanitaires, chefs traditionnels et religieux : tous
jouent un rôle irremplaçable dans la construction de la paix sociale. Ce sont
eux les premiers à intervenir
lorsque des tensions surgissent ; ce sont eux qui accompagnent les personnes
déplacées, soutiennent les victimes, ouvrent des espaces de dialogue et
encouragent la médiation locale. Leur proximité avec
le terrain permet de comprendre les causes profondes des conflits et d’entrevoir des réponses adaptées. La société civile contribue en outre à former les consciences, à promouvoir
la culture du dialogue et le respect des différences. C’est donc en son
sein que se prépare un avenir moins exposé à l’incertitude. Je tiens à souligner avec gratitude le rôle des femmes.
Malheureusement, elles sont souvent les premières victimes des préjugés et des
violences ; elles restent cependant des artisans
infatigables de paix. Leur engagement dans l’éducation, la
médiation et la reconstruction du tissu social est sans égal
et constitue un frein à la
corruption et aux abus de pouvoir. C’est aussi pour cette raison que leur voix
doit être pleinement reconnue dans les processus décisionnels.
Face
à tant de dévouements dans la société, la transparence dans la gestion des
ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour
rétablir la confiance. Il est temps d’oser faire un examen de conscience et un
saut qualitatif courageux. Que les institutions justes et crédibles deviennent
des piliers de la stabilité ! L’autorité
publique est appelée à être un pont, et jamais un facteur de division, même là
où l’insécurité semble régner. La sécurité est une priorité, mais elle doit
toujours s’exercer dans le respect des droits de l’homme, en unissant rigueur
et grandeur d’âme, avec une attention particulière pour les plus vulnérables.
Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté et respecté,
lorsque la loi est un rempart sûr contre l’arbitraire des plus riches et des
plus forts.
À bien y regarder,
frères et sœurs, les hautes fonctions que vous assumez exigent un double
témoignage. Le premier témoignage se concrétise dans la collaboration entre les
différents organes et niveaux administratifs de l’État au service du
peuple, et en particulier des plus pauvres ; le second témoignage se réalise en
unissant vos responsabilités institutionnelles et professionnelles à une conduite de vie
intègre. [Discours
aus Préfets de la République italienne (16 février 2026)].
Pour
que la paix et la justice s’affirment, il faut en effet briser les chaînes de
la corruption qui défigurent l’autorité
en la vidant de sa crédibilité. Il faut libérer le cœur de cette soif de gain
qui est une idolâtrie. Le véritable gain c’est le développement humain
intégral, c’est-à-dire la croissance équilibrée de tous les aspects qui font de
la vie sur cette terre une bénédiction.
Le
Cameroun dispose des ressources humaines, culturelles et spirituelles
nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un
avenir de stabilité et de prospérité partagée. Il faut que l’engagement commun
en faveur du dialogue, de la justice et du développement intégral transforme
les blessures du passé en sources de renouveau. Comme je le disais, les jeunes
représentent l’espérance du pays et de l’Église. Leur énergie et leur
créativité sont des richesses inestimables. Bien sûr, lorsque le chômage et
l’exclusion persistent, la frustration peut engendrer de la violence. Investir
dans l’éducation, dans la formation et dans l’esprit d’entreprise des jeunes
est donc un choix stratégique pour la paix. C’est le seul moyen d’endiguer
l’hémorragie de talents merveilleux vers d’autres régions de la planète. C’est
aussi le seul moyen de lutter contre les fléaux de la drogue, de la
prostitution et de la torpeur qui dévastent trop de jeunes vies, de manière
toujours plus dramatique.
Grâce
à Dieu, les jeunes Camerounais ont une spiritualité profonde qui résiste encore
à l’uniformisation du marché. Elle est une énergie qui rend leurs rêves
précieux, ancrés dans les prophéties qui nourrissent leurs prières et leurs
cœurs. Les traditions religieuses, lorsqu’elles ne sont pas faussées par le
poison des fondamentalismes, inspirent des prophètes de paix, de justice, de
pardon et de solidarité. En favorisant le dialogue interreligieux et en
associant les responsables religieux aux initiatives de médiation et de
réconciliation, la politique et la diplomatie peuvent s’appuyer sur des forces
morales capables d’apaiser les tensions, de prévenir les radicalisations et de
promouvoir une culture d’estime et de respect mutuels. L’Église catholique au
Cameroun, à travers ses œuvres éducatives, sanitaires et caritatives, souhaite continuer
à servir tous les citoyens sans distinction. Elle désire collaborer loyalement
avec les autorités civiles et
avec toutes les forces vives de la nation pour promouvoir la dignité humaine et
la réconciliation. Là où c’est possible, elle veut faciliter la coopération
avec d’autres pays, ainsi que les liens entre les Camerounais dans le monde
avec leurs communautés d’origine.
Que Dieu bénisse le Cameroun, soutienne
ses dirigeants, inspire la société civile, éclaire le travail du Corps
diplomatique et accorde à tout le peuple camerounais – chrétiens et
non-chrétiens, responsables politiques et citoyens – d’accueillir le Royaume de
Dieu, en construisant ensemble un avenir de justice et de paix !