hers frères et sœurs en Christ,En cette occasion solennelle de la dédicace de cette église paroissiale sous le patronage de Notre-Dame de l’Assomption, je voudrais commencer ma méditation par rassurer ceux et celles qui s’interrogent sur l’opportunité d’un tel événement pendant le Carême. La dédicace d’une église est comme une fête des sacrements de l’Initiation. Rien n’empêche qu’elle soit faite pendant le Carême, mais le rituel liturgique doit s’adapter à la sobriété de cette période. Bien que ce soit une célébration festive, l’usage veut que l’on évite la solennité excessive. Ainsi, la dédicace se fera sans décoration florale intempestive. Si la dédicace a lieu en semaine, on peut porter les vêtements liturgiques de fête, chanter le Gloria mais sans l’acclamation de l’alléluia. Fort de ces arguments liturgiques, je voudrais nous inviter à entrer davantage dans l’esprit de la dédicace de cette église. Le temps est à l’action de grâce envers Dieu qui donne à des hommes de lui bâtir une demeure. Comme l’affirme si bien Saint Augustin : L’édifice, ou plutôt sa construction, se fait dans la peine ; la dédicace se fait dans la joie.C’est dans cette dynamique de la joie de la dédicace que je partage avec vous un fait de la vie courante. Il arrive quelquefois qu’un être humain ait envie de raconter une histoire et d’en faire un livre. Au moment d’achever le manuscrit, l’auteur décide parfois de mettre en exergue une citation, un mot ou une phrase, qui retiendront l’attention du lecteur. Lorsque cet auteur est connu ou si le thème de l’ouvrage est particulièrement important, il peut se prêter à une séance de dédicace qui consiste pour lui à écrire de sa propre main un mot particulier pour une personne qui en formule la demande. L’écrivain n’est l’auteur matériel ni du livre, ni du papier, ni de la couleur, ni des caractères, mais seulement de la pensée renfermée dans ce livre. Pourtant, il ajoute une touche personnelle adressée à tel ou tel destinataire. Et cette disposition fait la joie voire l’honneur de celui qui a demandé la dédicace.Toutes proportions gardées, il y a dans la liturgie de ce jour, une certaine analogie entre cette pratique courante et la consécration de cette église paroissiale. À première vue, des hommes et des femmes ont travaillé à partir de plans conçus et mis en œuvre par les curés successifs sur cette paroisse. Dieu ne semble pas l’auteur de cette construction qui a été réalisée par des hommes. Il n’est pas davantage l’auteur de l’agencement ni des couleurs et de la hauteur, ni des formes et du volume. C’est l’occasion de saluer tous les curés successifs et leurs collaborateurs sur cette paroisse, depuis sa création jusqu’à ce jour avec l’actuel curé, le père Paul Akplogan. Vaillant pasteur devant l’Éternel, le Père Paul Akplogan mérite notre considération pour avoir su conduire de main de maitre cette
œuvre architecturale incommensurable, d
’une valeur connue, certes, des hommes, mais surtout de Dieu lui-même
,
Celui qui construit la maison, comme le rappelle Saint Paul dans la deuxième lecture (cf. 1 Co 3,11).
Merci donc au Père Paul Akplogan et hommage à tous ceux et celles qui ont milité par leurs œuvres, leur générosité, leurs précieuses contributions à bâtir un édifice unique et splendide pour le Seigneur. Oui, comme l’affirme Saint Augustin : Pour que soit construite cette maison de prière, [Dieu] a éclairé les âmes de ses fidèles, il a éveillé leur ardeur, il leur a procuré de l’aide ; à ceux qui n’étaient pas encore décidés, il a inspiré la décision ; il a secondé les efforts de bonne volonté pour les faire aboutir. Et ainsi Dieu, qui produit chez les siens la volonté et l’achèvement parce qu’il veut notre bien, c’est lui qui a commencé tout cela, et c’est lui qui l’a achevé. Que Dieu, l’architecte de tout, bénisse et consolide l’ouvrage de nos mains !Pour en revenir à notre métaphore filée de la dédicace, vous convenez donc avec moi que c’est bien Dieu qui est à l’origine de tout. Tout est réalisé pour célébrer Dieu, pour entendre sa Parole et recevoir les sacrements qu’Il a préparés pour nous. Par la dédicace, Dieu prend en quelque sorte possession de ce lieu où Il adressera à chacun par l’Esprit Saint une grâce, une phrase, un mot, un signe qui seront directement destinés à celui ou celle qui les recevra. Cette dédicace personnelle et affective de Dieu changera la vie des destinataires que nous sommes. Ainsi, par cette dédicace, notre église paroissiale devient un lieu de rencontre du peuple de Dieu avec Dieu lui-même, un lieu de célébration, mais aussi un lieu de conversion et d’intimité où nous recevons tant de grâces si nous nous y disposons !Chers frères et sœurs en Christ, à la lumière de cette méditation sur le sens de la dédicace, et au regard des lectures de cette célébration, comme Saint Paul VI dans une homélie à Nazareth, je dirais que nous ne repartirons pas d’ici sans avoir retenu trois leçons ou recommandations.La première leçon de cette dédicace consiste à donner la priorité à la Parole de Dieu en chassant les marchands du temple de notre cœur. C’est le signal sublime de Jésus dans l’Évangile de ce jour. Même quand nous nous approchons de Dieu pour la prière, notre cœur de croyants demeure parfois encombré de marchandises et de calculs, comme un temple profané. C’est à juste titre que le Pape Léon XIV nous exhorte en ces termes dans son message pour le Carême : Cette année, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. Aux yeux de Jésus dans l’Évangile de ce jour, les Juifs sont en train de transformer insidieusement ce lieu de prière et d’étude des Écritures en maison de commerce. Nous sommes appelés à donner la première place à l’écoute de la parole de Dieu dans nos familles, Églises domestiques, et sur cette paroisse à travers la liturgie de la parole dans les célébrations, la catéchèse, le magistère de l’Église et toutes formes d’approfondissement doctrinal. Ainsi, nous serons comme les disciples qui ont cru à la parole que Jésus leur avait dite, ou encore comme ces Juifs qui, pendant que Jésus était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, [ont cru] en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. L’écoute de la Parole de Dieu précède et consolide la prière et les sacrements.Ainsi, la deuxième leçon de cette dédicace consiste à donner la priorité à la prière et à la fréquentation des sacrements, fruits de l’écoute et de la pratique de la Parole de Dieu. Nous l’avons dit : la dédicace d’une église est comme une célébration des sacrements à l’initiation : baptême, eucharistie, confirmation. Dans la première lecture, la prière du roi Salomon nous révèle en ces termes le lien intrinsèque entre l’écoute de la Parole et la prière : Quel que soit le motif de la prière ou de la supplication émanant de tout homme ou de tout ton peuple […], dès l’instant où chacun reconnaît la plaie de son cœur et qu’il tend les mains vers cette Maison, toi, dans les cieux où tu habites, écoute, pardonne et agis. Notre rapport régulier aux sacrements est un élément clé autour duquel se construit notre vie chrétienne. Nous avons à réveiller notre foi dans la réception fréquente des sacrements, notamment l’eucharistie et la réconciliation.La même prière du roi Salomon nous révèle l’universalité des effets de la prière en ces termes : Si donc, à cause de ton nom, un étranger, qui n’est pas de ton peuple Israël, vient d’un pays lointain prier dans cette Maison, toi, dans les cieux où tu habites, écoute-le. Exauce toutes les demandes de l’étranger. Ainsi, l’espace géographique consacré n’est pas un lieu réservé à quelques-uns. Par conséquent, personne ne devra jamais se sentir étranger dans la maison de Dieu. Pour employer une image contemporaine, je pourrais dire que, dès son origine, l’ADN de l’Église, c’est la mission. L’Église est toujours en sortie, tournée vers les hommes et femmes qui ont soif de Dieu. Que cette dédicace fasse de nous une communauté toute entière missionnaire !Ainsi, la troisième leçon de cette dédicace consiste à travailler et à construire ensemble dans la synodalité et dans la charité. C’est non seulement une recommandation des lectures du jour, mais c’est encore une invitation du Pape Léon XIV dans son message pour le Carême : Nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême, un cheminement commun. Le plus grand danger qui nous guette est bien de croire à un moment que tout se réalise et s’accomplit par nous exclusivement. C’est de faire un peu comme cette araignée qui, reliée à l’arbre par un fil, lorsqu’elle a tissé sa toile, ne perçoit plus l’importance de ce fil levé vers le ciel, le coupe et voit la toile fondre sur elle et l’enfermer. Dieu est celui qui nous maintient ensemble et nous unit les uns avec les autres. Cela rend caduque toute tentative de développement solitaire.À l’école de la synodalité sur cette paroisse, chaque baptisé apprendra à découvrir que sa place est indispensable dans l’Église. C’est pourquoi j’invite tous les fidèles, les jeunes en particulier, à intégrer davantage les associations, les groupes de prière et les mouvements pour participer ensemble à la vie de la paroisse. L’engagement au service de l’Église n’est pas facultatif, mais il est constitutif de notre foi. Et la construction de la maison de Dieu ne peut se réaliser que dans la charité. Comme l’écrit si bien Saint Augustin :
On ne fait la maison de Dieu que lorsque la charité vient tout assembler. Si ce bois et cette pierre n’étaient pas réunis selon un certain plan, s’ils ne s’entrelaçaient pas de façon pacifique, s’ils ne s’aimaient pas, en quelque sorte, par cet assemblage, personne ne pourrait entrer ici. Enfin, quand tu vois dans un édifice les pierres et le bois bien assemblés, tu entres sans crainte, tu ne redoutes pas qu’il s’écroule.
Confions ces trois défis à l’intercession de la Vierge Marie, Notre-Dame de l’Assomption, de Saint Jean-Paul II dont les reliques seront scellées dans cet autel. Que leur intercession nous donne la promptitude dans la réponse, l’ardeur dans la collaboration à l’œuvre du Royaume de Dieu.C’est pourquoi je voudrais simplement reprendre à notre attention et dans notre intérêt à tous, la prière de Salomon dans la première lecture : Seigneur, sois attentif à la prière et à la supplication de ton serviteur. Écoute, Seigneur mon Dieu, la prière et le cri qu’il lance aujourd’hui vers toi. Que tes yeux soient ouverts nuit et jour sur cette Maison, sur ce lieu dont tu as dit: “C’est ici que sera mon nom”! Écoute donc la prière que ton serviteur fera en ce lieu. Écoute la supplication de ton serviteur et de ton peuple […] lorsqu’ils prieront en ce lieu. Toi, dans les cieux où tu habites, écoute et pardonne dès aujourd’hui et pour toujours. Amen
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