« Les frontières sud-africaines sont ouvertes à tout le monde »
(Interview du Père Phuti Makgabo sur la situation de xénophobie en Afrique du Sud)

Père Phuti Makgabo
Le pays de Nelson Mandéla a récement été secoué par une situation de xénophobie qui continue de faire des vagues. Dans cette interview, le Père Phuti Makgabo explique la situation et parle de la politique d’immigration et d’émigration en Afrique du Sud.
La Croix du Bénin : Pouvez-vous nous donner des exemples d’actes repréhensibles commis par des étrangers contre des citoyens Sud-Africains ?
Père Phuti Makgabo : Actuellement, en Afrique du Sud, plus de 22.000 étrangers sont en prison. Ce qui fait environ 7 pour cent de la population carcérale. Ils ne sont pas en prison pour avoir commis seulement des crimes contre les Sud-Africains, mais il s’agit de crimes toutes categories confondues. Il y a même des étrangers qui ont commis des crimes contre d’autres étrangers, y compris des proches. Il existe des stéréotypes au sujet de certains étrangers habitués à commettre des crimes d’une nature spécifique, mais à la vérité, en général les étrangers commettent toutes sortes de crimes, exactement comme les Sud-Africains eux-mêmes.
Parmi ces crimes, on peut citer le vol, le banditisme, le trafic de drogues, des agressions sexuelles, des rapts, des vols de véhicules, la fraude et même des meurtres. Comme je l’ai dit, ce sont les mêmes crimes qui sont commis aussi bien par les étrangers que par les Sud-Africains, qu’ils soient ou non en prison. Les statistiques sur les crimes commis en Afrique du Sud sont disponibles, et c’est facile d’aller sur Internet et de savoir pour quels genres de crimes on arrête les étrangers. Un exemple récent de crime commis par des étrangers n’est pas non plus difficile à trouver. à titre d’exemple, aujourd’hui 28 mai, 3 Malawites ont été arrêtés à la frontière nord de l’Afrique du Sud, en provenance du Zimbabwe, en possession de drogues dont la valeur est estimée à environ 61 millions de dollars. Très probablement, l’Afrique du Sud était la destination finale de ces drogues.
Quels sont les principes directeurs de la Conference épiscopale à propos de cette situation ?
La Conference épiscopale d’Afrique du Sud dispose d’un Département des migrants et réfugiés, et elle a toujours encouragé l’integration des migrants au sein des communautés. Dans leur déclaration datant du 20 mai 2026 à la suite des manifestations de rue, la Conference épiscopale a condamné les violences commises contre les migrants et demandé aux politiciens de ne pas exploiter la crise migratoire à des fins politiciennes. Dans cette même déclaration, les évêques ont notamment dit : "Nous voulons parler en termes clairs : les échecs dans la gouvernance, la reddition des comptes et le leadership sont au coeur de la crise actuelle". Les éveques ont également reconnu les preoccupations liées a la porosité des frontières, la corruption au sein du Département des Affaires Intérieures, l’exploitation du travail des migrants, les activités criminelles dans lesquelles sont impliqués certains migrants, et l’absence d’une intégration significative au sein de certaines communautés. Pourtant, les évêques ont insisté qu’aucune de ces realités ne pourrait jamais justifier les actes de violence ou la punition collective. Il faut souligner que pendant que les évêques appellent à un traitement humain de tous les étrangers, ils ne disent pas qu’ils soutiennent les personnes qui entrent illégalement en Afrique du Sud. Cette déclaration sans ambiguïté provient du fait que les évêques eux-mêmes s’attendent à ce que tous les prêtres et tous les religieux qui viennent en mission en Afrique du Sud soient munis de papiers en règle. C’est la pratique habituelle au sein de l’église catholique partout dans le monde.
Quel est le mot à garder en tête en ce qui concerne les étrangers en Afrique du Sud ?
L’Afrique du Sud est un pays vaste avec des variétés culturelles et des langues diverses. Donc vouloir garder en tête un mot clé utilisé par tous les Sud-Africains n’est pas possible. En fait, il existe plus d’un mot clé. Ceci dit, pendant que certaines personnes utilisent ces clichés, tous les Sud-Africains n'utilisent pas les mêmes termes pour désigner les étrangers. Lorsque la plupart des Sud-Africains desirent se référer à un étranger, ils utilisent plutôt le mot anglais "etranger" , bien que ce mot puisse être altéré selon la langue locale ethnique utilisée. En général, les Sud-Africains ne voient pas les étrangers en termes de "eux par opposition à nous", contrairement à ce que prétendent certains organes de presse.
Et il faut dire que les medias, y compris d’autres Organisations comme les Fondations, les Ongs et les Organisations religieuses, etc, doivent être honnêtes lorsqu’il s’agit d’exprimer les desiderata des Sud-Africains. Il y a une tendance au sein de certains groupes qui consiste à dire que des Sud-Africains organisent des manifestations "anti-immigrants", ou des protestations contre les étrangers. Si vous écoutez ou si vous lisez les declarations de ceux qui organisent ces manifestations, ils disent clairement qu’ils protestent contre l’immigration illegale. Mais ce mot "illégale" est, à de nombreuses occasions et pour des raisons inconnues, subtilement escamoté par ceux qui veulent décrire la situation de la manière qui les arrange le mieux. ça, ce n’est pas dire la vérité. De nombreux Sud-Africains savent qu’il y a différents types d’etrangers dans leur pays tels que les réfugiés, les demandeurs d’asile, les migrants, etc.
Comment comprendre ce comportement, pendant que d’autres pays africains comme le Togo ouvrent leurs frontières à tous les Africains ?
Ce comportement n’est pas difficile à comprendre lorsque l’on y regarde de près, sans parti pris. Contrairement au Togo qui, selon vous, ouvre ses frontières à tous les Africains, les frontières sud-africaines sont ouvertes à tout le monde, pas seulement aux Africains. C’est pourquoi parmi les étrangers qui résident illégalement en Afrique du Sud, vous trouvez aussi des gens provenant d’autres continents, par exemple l’Asie, des pays comme le Pakistan, le Bangladesh et la Chine, pour ne citer que ceux-la. Je suis sûr que le Togo a sa propre politique quant à qui est autorisé ou non à entrer sur son territoire; que cette politique soit effectivement appliquée ou non est une autre histoire, et la même règle s’applique aussi à l’Afrique du Sud. La politique sud-africaine en matière d’immigration-émigration n’est pas un secret, et comme dans beaucoup d’autres pays, on ne peut entrer sur le territoire sud-africain que de façon légale. Toute autre demarche viole la loi. Ceci rappelle l’évangile qui dit que toute personne qui n’entre pas par le portail est un voleur et un brigand.





